Tawfīq al-Ḥakīm (1898-1987), dramaturge et romancier égyptien, né à Alexandrie, mort au Caire. Envoyé à Paris préparer un doctorat de droit, il en rapporte le théâtre écrit et devient le premier à lui donner rang littéraire en arabe : « Les Gens de la caverne » (1933) ouvre ce qu'on appellera son théâtre d'idées. Substitut du procureur dans le Delta avant d'être homme d'institutions — Bibliothèque nationale, Académie de langue arabe, UNESCO —, il a tiré de ce poste « Journal d'un substitut de campagne » (1937), et de la révolution de 1919 « Le Retour de l'esprit » (1933).
Alexandrie, 1898 — une date qu'il brouillait
Tawfīq al-Ḥakīm naît à Alexandrie le 9 octobre 1898. La date est celle de son acte de naissance ; lui-même la déplaçait volontiers de quelques années quand on l'interrogeait, et les notices de son vivant en donnent plusieurs. Ce flottement n'est pas un détail d'érudit : il vient d'un homme qui a fait de sa propre vie une matière littéraire, et qui s'est raconté deux fois — en lettres dans « La Fleur de l'âge », en récit dans « La Prison de la vie ».
Un père juge, une mère qui l'écarte
Son père est magistrat, fils de paysans enrichis ; sa mère, d'ascendance turque, tient à cette origine et éloigne l'enfant des fils de fellahs du voisinage. Il grandit ainsi entre deux mondes sans appartenir tout à fait à l'un ni à l'autre — situation qu'on retrouve, exactement, dans le substitut de son « Journal », étranger au village qu'il est chargé de juger.
Paris, 1925-1928 : la thèse qu'il n'a pas faite
Reçu à l'École de droit du Caire en 1925, il est envoyé à Paris préparer un doctorat. Il y passe trois ans à l'Opéra, au théâtre, dans les salles de concert et les bibliothèques, et rentre sans le titre. C'est le séjour décisif : il y prend le goût du drame écrit, forme européenne qu'il rapportera dans une langue qui, jusque-là, réservait le théâtre au divertissement.
Substitut dans le Delta
De retour, il est nommé substitut du procureur dans les campagnes du Delta. Il instruit des affaires de village, constate, interroge, classe — et voit de près une administration qui juge des paysans dont elle ignore la vie. Le matériau est déjà un livre : ce sera « Journal d'un substitut de campagne » (1937), où le fait divers d'une balle perdue sert à montrer une machine judiciaire qui tourne sans rencontrer personne.
« Le Retour de l'esprit », 1933
Son premier roman fait d'une famille cairote l'image de l'Égypte : un peuple assoupi comme Osiris, qu'une résurrection attend, et cette résurrection est la révolution de 1919. C'est le livre qui l'installe, et celui qu'on a le plus souvent dit lu par la génération des Officiers libres. Le fonds en tient l'exemplaire le plus épais du rayon, 517 pages.
Le théâtre de l'esprit
« Les Gens de la caverne » paraît la même année, et la critique arabe date de là son théâtre d'idées. al-Ḥakīm prend aux dormants de la caverne une question qui n'est pas de foi : que fait celui qui s'éveille trois siècles plus tard dans un temps dont il ne sait rien ? Porté à la scène du Théâtre national en 1935, le texte n'y tient pas — il est écrit pour être lu. C'est le reproche qu'on lui fera longtemps, et la raison d'être de ce qu'il appelait son théâtre mental.
Le puits grec, le puits pharaonique
Il emprunte ensuite ses intrigues partout — Œdipe, Pygmalion, Shéhérazade, Isis, Salomon — non pour les transposer mais pour y loger une question égyptienne : le savoir contre la vie, l'artiste contre sa créature, le pouvoir contre le temps. Cinq d'entre elles sont au rayon — « Shahrazade », « Pygmalion », « Le Roi Œdipe », « Isis », « Salomon le Sage » — et elles forment, avec « Les Gens de la caverne », le massif le plus continu de son œuvre ici.
L'âne, et le rire
L'autre versant est comique, et il y tenait. Deux livres d'un âne de compagnie — « L'Âne d'al-Ḥakīm », « Mon âne m'a dit » — servent de prétexte à une philosophie de trottoir ; « Ashʿab, roi des pique-assiette » exhume le parasite le plus célèbre de Médine ; « Les Amuseurs » et « À la porte de Dieu » cherchent le rire ailleurs que dans la satire politique. On a longtemps lu ce versant comme mineur ; il occupe ici les cinq volumes que voilà.
« Le Retour de la conscience », 1974
Directeur de la Bibliothèque nationale d'Égypte en 1951, membre de l'Académie de langue arabe en 1954, représentant de son pays à l'UNESCO à la fin des années cinquante, il a été un écrivain d'institution. C'est ce qui donne son poids au livre de 1974 : il y revient sur son propre enthousiasme pour l'ère nassérienne et demande comment les intellectuels ont pu se taire. La polémique fut violente et se lit encore avec les réponses qu'elle a suscitées. Il meurt au Caire le 26 juillet 1987, à quatre-vingt-huit ans.
Ce que le rayon donne
32 fichiers, 5 805 pages, 239 Mo — le théâtre, les romans, les deux autobiographies, les essais et les livres drôles. Deux fichiers seulement portent une couche de texte utilisable : « Isis » et « Le Fleuve de la folie », ce dernier étant d'ailleurs un texte saisi à la machine, six pages, et non un livre numérisé. Trente autres sont des scans, et deux pièges s'y cachent pour qui mesure vite : « Le Retour de l'esprit » rend bien des caractères, mais c'est une OCR ratée qui produit des suites latines illisibles, et trois fichiers rendent une adresse de site répétée en filigrane. Dernière remarque, mesurée : les deux textes réellement lisibles encodent leur arabe en formes de présentation (U+FExx) plutôt qu'en lettres ordinaires. Cela ne gêne pas qui cherche le livre — la recherche du rayon interroge le titre de la fiche, jamais la couche de texte du fichier — mais cela concerne qui voudrait extraire ou indexer ces deux-là.