Bibliothèque
Ṭāhā Ḥusayn

Auteur

Ṭāhā Ḥusayn

طه حسين

24 livres

À propos de l'auteur

Ṭāhā Ḥusayn (1889–1973), l'intellectuel égyptien le plus influent du XXe siècle, surnommé « le doyen de la littérature arabe ». Aveugle depuis l'enfance, formé à al-Azhar puis docteur de la Sorbonne, il déclencha en 1926 avec « Fī al-shiʿr al-jāhilī » une controverse majeure en appliquant le doute méthodique à la poésie préislamique. Ministre de l'Instruction publique, il fit de l'enseignement un droit « comme l'eau et l'air ».

L'enfance et la cécité

Ṭāhā Ḥusayn naît en 1889 au village de Kīlū, dans la province de Minyā en Haute-Égypte, septième de treize enfants d'un petit employé d'une sucrerie.

À quatre ans une ophtalmie le frappe ; le barbier du village le soigne d'une manière qui lui coûte la vue. Il l'a raconté dans Le Livre des jours sans plainte et sans atténuation — le livre qui a fait d'une enfance villageoise égyptienne une œuvre universelle.

Il apprend le Coran à l'école coranique, puis est envoyé à al-Azhar en 1902.

Al-Azhar et l'Université

Il passe quelque neuf ans à al-Azhar, où l'étouffent la manière d'enseigner et les shaykhs ; il a peint cette gêne dans le second tome du Livre des jours.

Quand l'Université égyptienne ouvre en 1908, il s'y inscrit, suit des orientalistes et des professeurs égyptiens, et obtient en 1914 le premier doctorat qu'elle décerne, consacré à Abū al-ʿAlāʾ al-Maʿarrī — le choix d'un poète aveugle et pessimiste n'est pas sans signification.

Paris et Suzanne

Envoyé en France, il étudie à Montpellier puis à la Sorbonne, d'où il rapporte en 1918 un second doctorat, sur Ibn Khaldūn et sa philosophie sociale.

Il y rencontre Suzanne Bresseau, qui lui faisait la lecture, et l'épouse en 1917. Elle restera quarante ans sa lectrice et sa copiste : tous ses livres furent dictés, et beaucoup sont de sa main à elle.

De la poésie préislamique

Il publie en 1926 De la poésie préislamique, où il applique le doute cartésien aux vers attribués à l'avant-islam et conclut que la plupart sont apocryphes, forgés après l'islam.

La tempête fut immédiate : une plainte fut déposée, il fut interrogé, et son renvoi de l'Université réclamé. La plainte fut classée ; il retira le livre et le republia en 1927 sous le titre De la littérature préislamique, quelques passages supprimés.

Il n'a pas renié la méthode. Le livre est aujourd'hui dans cette bibliothèque, et les réfutations qu'il a suscitées aussi — qui veut juger lira les deux camps.

Le Livre des jours

Son autobiographie en trois tomes, dont il dicta le premier en 1926 et qui parut en feuilleton dans la revue al-Hilāl.

Il l'écrivit à la troisième personne — « l'enfant » et non « je » — choix de style qui donne au tableau sa distance et interdit la pitié. C'est son livre le plus répandu et le plus traduit.

Le ministère et la gratuité

Ministre de l'Instruction publique en 1950, il rendit l'enseignement secondaire gratuit, puis étendit la gratuité.

Sa formule — « l'instruction est comme l'eau et l'air, un droit pour tout homme » — est restée en Égypte un mot d'ordre qu'on répète encore. Il avait été auparavant doyen de la faculté des lettres et recteur de l'université d'Alexandrie.

Ses ouvrages

Plus de cinquante. En critique et en étude : Les causeries du mercredi, Avec al-Mutanabbī, L'avenir de la culture en Égypte, où il plaide l'appartenance de l'Égypte au bassin méditerranéen.

En récit : L'appel du courlis, L'arbre de misère, Les damnés de la terre. En matière religieuse : En marge de la vie du Prophète et La grande discorde, en deux tomes, sur ʿUthmān et ʿAlī.

Il a aussi traduit du français, et publié La voix d'Abū al-ʿAlāʾ.

Sa mort

Il meurt au Caire le 28 octobre 1973, à quatre-vingt-quatre ans, quelques mois avant de recevoir le prix des Nations unies pour les droits de l'homme.

On le surnomma de son vivant « le doyen des lettres arabes », titre qui lui est resté au point de masquer parfois qu'il fut professeur et enseignant avant d'être écrivain.

Ce que la bibliothèque conserve

Vingt-quatre titres, et parmi eux un dossier complet que peu de fonds réunissent : « De la poésie préislamique » (1926), le livre retiré après le scandale ; « De la littérature préislamique » (1927), sa réédition amendée ; et « Réfutation du livre De la poésie préislamique » de Muḥammad al-Khiḍr Ḥusayn, qui lui répondit. Les trois pièces de la querelle côte à côte, le geste critique, sa prudence et sa contestation. S'y trouvent aussi sa thèse de la Sorbonne sur Ibn Khaldūn, Avec al-Mutanabbī et Avec Abū al-ʿAlāʾ dans sa prison, les deux livres d'histoire — La Grande Discorde et Les Deux Shaykhs —, Les damnés de la terre, interdit en 1949, et Le Livre des jours.