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ʿAbd al-Fattāḥ Kīlīṭū

Auteur

ʿAbd al-Fattāḥ Kīlīṭū

عبد الفتاح كيليطو

2 livres

À propos de l'auteur

ʿAbd al-Fattāḥ Kīlīṭū (Abdelfattah Kilito, né en 1945), écrivain et critique marocain, professeur à l'université Mohammed V. Il écrit en arabe et en français sur la littérature arabe classique — maqāmāt, Mille et une nuits, adab — avec une manière brève et oblique qui a renouvelé la lecture du patrimoine. Ses thèmes constants : l'étrangeté du texte ancien, la traduction, ce qu'on perd à changer de langue.

Rabat, 1945

ʿAbd al-Fattāḥ Kīlīṭū — Abdelfattah Kilito — naît à Rabat en 1945. Il fait des études de littérature française et soutient à Paris une thèse sur les séances, les maqāmāt. Sa position de départ est donc déjà double : un lecteur formé aux méthodes françaises qui prend pour objet le genre le plus proprement arabe qui soit.

Professeur de littérature française

Il enseigne pendant des décennies la littérature française à l'université Mohammed-V de Rabat. Ce détail n'est pas administratif : il explique la place d'où il parle. Kilito lit la littérature arabe classique en la sachant lue ailleurs, et lit la littérature européenne en sachant qu'elle a parlé de la sienne. C'est de cet angle que viennent ses livres.

Écrire dans deux langues

Il publie en arabe et en français, non pas les mêmes livres traduits mais des livres différents. C'est une pratique rare et qu'il a lui-même prise pour objet : ce qui se dit dans une langue ne se dit pas identiquement dans l'autre, et le choix de la langue engage le lecteur qu'on se donne. Une partie de son œuvre consiste à examiner cette situation plutôt qu'à la subir.

La maqāma

Son premier grand objet est la maqāma — ce genre où un narrateur rapporte les apparitions successives d'un vagabond éloquent qui escroque son auditoire par la beauté de sa parole. Kilito montre qu'il ne s'agit pas d'un exercice de style mais d'une réflexion de la littérature sur sa propre imposture : le héros vit de ce qu'il dit, et le genre expose le pouvoir de la parole en même temps qu'il s'en méfie.

« al-Adab wa-l-gharāba »

« الأدب والغرابة », 130 pages au fonds, applique à la littérature arabe classique des instruments d'analyse structurale sans rien abandonner du détail philologique. Le mot « غرابة » — l'étrangeté — en donne le programme : ce qui est le plus familier devient illisible dès qu'on cesse de le lire comme les siens le lisaient, et la tâche du critique commence là.

« al-Ḥikāya wa-l-taʾwīl »

« الحكاية والتأويل », 86 pages, porte sur le récit arabe et sur ce que les textes anciens font de leurs propres histoires : qui raconte, à qui, avec quelle autorité, et comment un récit prévoit son interprétation. Le format est bref, comme souvent chez lui — il écrit des livres courts, denses, construits comme des séries d'approches d'un même point.

Les Mille et Une Nuits

Kilito revient régulièrement sur un fait singulier : les Nuits, monument de la littérature mondiale, n'ont jamais eu en arabe le statut qu'elles ont en Europe. Longtemps tenues pour un divertissement de peu de valeur, elles ont été consacrées par leurs traducteurs. Le cas lui sert à poser la question qui traverse son œuvre : un texte appartient-il à la langue où il est né ou à celle qui l'a reconnu ?

« Tu ne parleras pas ma langue »

Son titre le plus connu formule un malaise plutôt qu'une doctrine : celui qu'on éprouve à entendre un étranger parler notre langue mieux que nous ne le voudrions. Kilito y retourne la situation habituelle — ce n'est plus l'Orient qui est décrit, c'est celui qui décrit qui est observé en train de le faire. Le livre ne réclame rien ; il décrit une gêne et la prend au sérieux.

Une reconnaissance des deux côtés

Il a reçu des distinctions au Maroc, dans le monde arabe et en Europe, ce qui est cohérent avec une œuvre qui ne se laisse pas assigner à un seul public. Il est de ces auteurs que les départements d'arabe et les départements de littérature comparée citent également, et pour les mêmes textes.

Ce que le rayon donne

Deux volumes, tous deux en arabe, tous deux brefs, tous deux cherchables au mot — 2 195 et 2 540 signes par page. Mais les livres français de Kilito, qui forment l'autre moitié de son œuvre, ne sont pas au fonds. Pour un auteur dont le sujet même est ce qui se perd et se gagne au passage d'une langue à l'autre, n'avoir qu'un versant du corpus est une privation que la notice doit signaler.