Léon Tolstoï (1828–1910), romancier russe, auteur de « Guerre et Paix » et d'« Anna Karénine ». Sa crise spirituelle des années 1870 le conduisit à rejeter l'Église orthodoxe — qui l'excommunia en 1901 — au profit d'un christianisme évangélique et non violent, doctrine qui influença Gandhi. Dans cette dernière période, il compila des recueils de sagesses universelles, dont une sélection de paroles du Prophète Muḥammad.
Iasnaïa Poliana
Léon Tolstoï naît en 1828 à Iasnaïa Poliana, le domaine familial au sud de Moscou, quatrième fils d'un comte. Orphelin à neuf ans, il abandonne ses études universitaires à Kazan et revient gérer la terre. Ṭufūla wa-ṣibā wa-shabāb — Enfance, Adolescence, Jeunesse —, que le fonds conserve, est tiré de ces années.
Le Caucase et la Crimée
Engagé dans l'armée, il sert au Caucase puis au siège de Sébastopol. Al-Qūzāq — Les Cosaques — sort de la première expérience, et les Récits de Sébastopol de la seconde. C'est là qu'il forme sa manière : décrire la guerre par le détail matériel et la sensation, non par le récit d'états-majors.
Les deux grands romans
Al-Ḥarb wa-l-silm — Guerre et Paix (1869) — et Ānā Kārinīnā (1877), tous deux au catalogue, occupent quinze années. Le premier mêle des centaines de personnages à une théorie de l'histoire où les grands hommes ne décident de rien ; le second tient en une phrase d'ouverture sur les familles heureuses, et en un traitement du désir qui ne juge pas d'avance.
La crise
Iʿtirāf — Confession (1882), que la bibliothèque conserve — raconte la rupture : au sommet de sa gloire, il ne trouve plus de raison de vivre et va la chercher chez les paysans. Il en sort une religion sans Église, fondée sur les Évangiles lus hors dogme, et le refus de la violence en toute circonstance.
Les livres de la seconde vie
Malakūt Allāh fī dākhilikum — Le Royaume de Dieu est en vous (1894) — expose la non-résistance au mal par la violence ; il fut interdit en Russie et lu par Gandhi, qui s'en dit transformé. Injīl Tūlstūy wa-diyānatuh, au fonds, est l'Évangile qu'il récrivit en en retirant le miracle. L'Église orthodoxe l'excommunia en 1901.
L'islam dans sa bibliothèque
Le catalogue conserve Ḥikam al-nabī Muḥammad li-l-faylasūf Tūlstūy, recueil de paroles du Prophète qu'il rassembla et préfaça en 1908. Il correspondit avec des lecteurs musulmans et lut le Coran dans les traductions dont il disposait : un versant peu connu de ses dernières années, et que ce rayon rend visible.
Les récits tardifs
Mawt Īfān Īlītsh — La Mort d'Ivan Ilitch —, Sūnātā Krūytsir, al-Ḥājj Murād et al-Baʿth — Résurrection — sont tous au fonds. Les plus courts sont les plus durs : l'agonie d'un magistrat ordinaire, la jalousie conjugale poussée jusqu'au crime, écrites avec une économie que ses grands romans ne cherchaient pas.
« Qu'est-ce que l'art ? »
Mā huwa al-fann ? (1897), conservé ici, renie une part de son œuvre : l'art ne vaut, écrit-il, que s'il transmet un sentiment accessible à tous, et à cette aune Guerre et Paix ne trouve pas grâce. Peu d'auteurs ont jugé leur propre travail avec cette sévérité.
La fuite et la mort
En novembre 1910, à quatre-vingt-deux ans, il quitte sa maison de nuit pour vivre en accord avec ce qu'il prêchait. Il meurt quelques jours plus tard dans la gare d'Astapovo. La bibliothèque conserve vingt-deux de ses titres — les romans, les récits, les écrits religieux et l'essai sur l'art.