Edward W. Said (1935–2003), critique littéraire palestino-américain, professeur de littérature comparée à Columbia. Auteur de L'Orientalisme (1978), qui retrace la façon dont la littérature et la science européennes ont façonné une image de l'Orient servant à la fois à le connaître et à le dominer — livre qui fonda tout un champ d'études et suscite encore des réponses. On lui doit aussi Culture et impérialisme, Covering Islam et ses mémoires, À contre-voie. Pianiste et critique musical, il fonda avec Daniel Barenboim l'orchestre du Divan occidental-oriental.
Jérusalem, Le Caire, New York
Edward Wadie Saïd naît à Jérusalem en 1935, dans une famille chrétienne palestinienne de langue arabe et anglaise. Il grandit surtout au Caire, passe par les écoles anglaises puis par un internat américain, et achève ses études à Princeton et Harvard. Il enseignera la littérature comparée à Columbia pendant quarante ans.
« L'Orientalisme »
Al-Istishrāq (1978), au catalogue, soutient que l'Orient étudié par l'Europe est d'abord une construction de l'Europe : un corpus de textes qui se citent, se confirment et finissent par tenir lieu de réalité, en solidarité avec la domination coloniale. Le livre a ouvert un champ entier et suscité autant de réfutations. Le fonds porte aussi Taʿqībāt ʿalā al-istishrāq, où il répond à ses critiques.
Le reporter de la représentation
Taghṭiyat al-islām — Covering Islam (1981), présent ici — applique la même analyse à la presse : comment un mot, « islam », en vient à couvrir un milliard de personnes et à dispenser d'en savoir davantage. Le titre joue sur les deux sens de « couvrir » : informer, et recouvrir.
Le critique littéraire
Al-ʿĀlam wa-l-naṣṣ wa-l-nāqid, au fonds, défend une critique « affiliée » : un texte n'est jamais hors du monde, et le lire comme s'il l'était est déjà un choix. ʿAn al-uslūb al-mutaʾakhkhir, publié après sa mort et également ici, examine les œuvres tardives — Beethoven, Adorno — où l'artiste refuse la réconciliation que son âge semblait promettre.
L'intellectuel
Al-Muthaqqaf wa-l-sulṭa reprend ses conférences Reith de 1993 : l'intellectuel y est défini par le refus des positions confortables, y compris auprès des siens. Al-Insāniyya wa-l-naqd al-dīmuqrāṭī, son dernier livre théorique, plaide pour un humanisme qui ne serait pas la propriété de l'Occident. Les deux sont au catalogue.
La Palestine
Al-Qaḍiyya al-filasṭīniyya, Ilqāʾ al-lawm ʿalā al-ḍaḥāyā, Ghazza Arīḥā, Ūslū 2, al-Qalam wa-l-sayf — tous conservés — forment le versant politique. Il siégea au Conseil national palestinien puis s'en écarta, et critiqua les accords d'Oslo dès leur signature. Cette part de son œuvre est datée par nature : ce sont des interventions, et elles se lisent comme telles.
La musique
Pianiste sérieux, il tint la chronique musicale de The Nation pendant des années. En 1999 il fonde avec Daniel Barenboim un orchestre de jeunes musiciens arabes et israéliens, nommé d'après le Divan occidental-oriental de Goethe — recueil dont ce catalogue conserve la traduction arabe par ʿAbd al-Raḥmān Badawī, autre notice de ce registre.
Fin
Atteint d'une leucémie diagnostiquée en 1991, il continue d'écrire et d'enseigner douze ans encore, et meurt à New York en 2003. La bibliothèque conserve quatorze de ses titres, dont l'Orientalisme et le volume de réponses — c'est-à-dire la thèse et sa défense, ce qui est la bonne manière de lire un livre discuté.