Stefan Zweig (1881–1942), écrivain autrichien, l’un des auteurs de langue allemande les plus traduits du XXᵉ siècle. Il atteignit dans la nouvelle ce que le roman ne lui donna pas : Le joueur d’échecs, Lettre d’une inconnue, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. On lui doit la série de portraits littéraires des Bâtisseurs du monde, et des vies de Marie-Antoinette et de Magellan. Il quitta l’Autriche en 1934 et se donna la mort au Brésil en 1942, après avoir envoyé à son éditeur ses mémoires, Le Monde d’hier.
Vienne, 1881
Stefan Zweig naît en 1881 à Vienne, d'un père juif propriétaire d'une fabrique de textile et d'une mère issue d'une famille de banquiers italiens.
Il grandit dans ce qu'il appellera plus tard « le monde de la sécurité » : une bourgeoisie viennoise certaine que le progrès ne recule pas et que la guerre appartient au passé. Il passa la seconde moitié de sa vie à voir cette certitude s'effondrer.
La nouvelle
Sa forme est la nouvelle longue, et c'est là qu'il atteint ce que le roman ne lui a pas donné.
Sa construction est presque toujours la même : un narrateur rencontre un inconnu dans un train, un hôtel ou un paquebot, et en reçoit un aveu qu'il n'a fait à personne. Lettre d'une inconnue, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Le joueur d'échecs, Amok, La peur.
Son sujet constant est l'instant où un homme mesuré se retourne contre lui-même : l'obsession, le jeu, la passion tardive. Il avait lu Freud et correspondu avec lui, et cela se voit dans sa manière.
Les Bâtisseurs du monde
Il composa une série de portraits littéraires réunis sous ce titre, où il groupe les écrivains par trois — Balzac, Dickens et Dostoïevski ; puis Hölderlin, Kleist et Nietzsche ; puis Casanova, Stendhal et Tolstoï.
Sa méthode n'est pas celle de l'historien : il bâtit la biographie comme un récit, avec une crise et un sommet. On a nommé cela « biographie romancée », et cela lui a valu autant de lecteurs que de reproches.
Il a aussi écrit des vies isolées : Marie-Antoinette, Magellan, Érasme.
Le plus traduit
Il fut, dans les années vingt et trente, l'auteur de langue allemande le plus traduit et le plus vendu hors de son pays.
Cette diffusion éclaire sa présence en arabe : les traductions y vinrent tôt et se répétèrent, et la nouvelle était une forme commode pour les revues littéraires et les collections populaires. Bien des lecteurs arabophones sont entrés dans la littérature européenne par lui.
L'exil
Sa maison de Salzbourg fut perquisitionnée en 1934 ; il quitta l'Autriche pour l'Angleterre, puis les États-Unis, puis le Brésil.
Ses livres furent brûlés en Allemagne et interdits. Lui qui se tenait pour européen avant de se tenir pour autrichien ou pour juif se retrouva sans Europe.
Le Monde d'hier
Il l'écrivit en exil et l'envoya à son éditeur la veille de sa mort.
C'est une autobiographie qui raconte moins sa vie qu'elle ne pleure un monde : Vienne avant 1914, la vie littéraire européenne, et ce que les deux guerres en ont fait. Qui veut comprendre pourquoi il est mort n'a qu'à le lire : le livre est la réponse.
Sa mort
Il se donne la mort le 22 février 1942 à Petrópolis, au Brésil, avec sa femme Lotte.
Il laissa une lettre où il dit que son monde de langue a disparu et qu'il n'a pas la force de bâtir une troisième vie. C'était avant qu'on ne sût que la guerre tournerait autrement qu'il ne le craignait.
Ce que conserve cette bibliothèque
Dix-huit titres en arabe : douze nouvelles et récits, les deux tomes des Bâtisseurs du monde, Tolstoï, Marie-Antoinette et Magellan, et Le Monde d'hier.
Il est l'un des auteurs occidentaux les plus présents de ce catalogue, et le plus proche du lecteur ordinaire.