Nājī al-ʿAlī (1938–1987), le plus célèbre caricaturiste du monde arabe. Né en Galilée, réfugié au Liban après 1948, il créa Ḥanẓala — l'enfant de dos, mains nouées, qui ne se retournerait qu'au retour en Palestine — devenu l'emblème de la cause. Ses dessins visaient les régimes arabes et les directions palestiniennes autant que l'occupation, ce qui lui valut menaces et exils successifs. Il fut assassiné à Londres en 1987 ; l'enquête n'a jamais abouti.
al-Shajara, 1938
Nājī al-ʿAlī naît en 1938 à al-Shajara, un village de Galilée entre Tibériade et Nazareth. Il a dix ans en 1948 quand sa famille est chassée ; elle trouve refuge au camp de ʿAyn al-Ḥilwa, près de Saïda au Liban. Cet âge compte : c'est celui auquel il arrêtera pour toujours le personnage qui signera tous ses dessins.
Le camp
Il grandit dans le camp, travaille comme mécanicien dans les vergers puis à Tripoli, suit brièvement des cours de dessin à Beyrouth. Il n'aura pas de formation artistique régulière. Ses premiers dessins sont tracés sur les murs du camp, c'est-à-dire dans le seul lieu d'exposition dont il disposait.
Ghassān Kanafānī
C'est l'écrivain Ghassān Kanafānī qui voit ces dessins sur les murs et en publie en 1961 dans la revue « al-Ḥurriyya ». Le fait est resté célèbre parce qu'il dit quelque chose du milieu : un romancier qui cherche des dessinateurs dans un camp, et un dessinateur qui commence par le mur avant le journal.
Koweït, Beyrouth, Londres
Sa carrière se fait dans la presse arabe : le Koweït à partir de 1963, Beyrouth et « al-Safīr » dans les années soixante-dix, puis de nouveau le Koweït, puis Londres en 1985. Il publie un dessin par jour, ou presque, pendant plus de vingt ans — des dizaines de milliers de planches. C'est un métier de quotidien, et cela se voit : ses dessins répondent à des événements datés.
Ḥanẓala
En 1969 il crée Ḥanẓala, un garçon de dix ans, pieds nus, vêtu de haillons, les mains nouées dans le dos. À partir de 1973 il tourne le dos au lecteur dans chaque dessin. Ḥanẓala ne parle pas, ne participe pas, ne vieillit pas : il regarde. Al-ʿAlī a expliqué qu'il avait l'âge qu'il avait lui-même en quittant la Palestine, et qu'il se retournerait le jour du retour.
Un témoin qui n'épargne personne
La singularité de son œuvre n'est pas qu'elle vise Israël — beaucoup le faisaient — mais qu'elle vise en même temps les régimes arabes, les dirigeants palestiniens, les riches, les notables et les intellectuels installés. Ses personnages récurrents incluent l'homme gras en costume qui parle au nom du peuple. Il a été censuré, expulsé, menacé, et il a continué.
Londres, 1987
Le 22 juillet 1987, Nājī al-ʿAlī est abattu d'une balle dans la tête devant les bureaux du journal qui l'employait, à Londres. Il meurt le 29 août, après cinq semaines de coma. L'enquête n'a jamais abouti à un procès. Il est enterré au cimetière de Brookwood, près de Londres ; il avait demandé à l'être à ʿAyn al-Ḥilwa.
« Mise en page » d'un dessinateur
Le fonds tient un recueil de planches, 312 pages, et un volume de 91 pages consacré à l'Intifada, publié par un centre d'études. Le second contient du texte — préface, commentaires, mise en contexte — ; le premier est presque uniquement composé d'images. Cette différence de nature a des conséquences pratiques qu'on verra plus bas.
Ce qu'un dessin de presse conserve
Un éditorial de 1975 se relit difficilement ; un dessin de 1975 se regarde encore. C'est la raison pour laquelle al-ʿAlī est le seul dessinateur de son époque dont les planches circulent toujours, souvent sans nom d'auteur, sur des murs et des écrans. Ḥanẓala est devenu un signe autonome, détaché de son dessinateur — ce qui est à la fois la plus grande réussite possible et une forme de disparition.
Ce que le rayon donne, et pourquoi la mesure y échoue
Les deux volumes résistent à la recherche, et pour deux raisons qui ne se confondent pas. Le recueil de planches porte bien une couche de texte — 46 282 signes — mais c'est du bruit : une océrisation lancée sur du lettrage manuscrit à l'intérieur des dessins, qui rend des suites comme « Q1 o .x> » et pas une lettre arabe. Le volume sur l'Intifada, lui, porte un arabe réel mais écrit en formes de présentation, qu'une recherche naïve ne retrouvera pas sans normalisation. Aucun des deux n'est un scan muet, et aucun des deux ne se cherche.