Abū al-Qāsim al-Khūʾī (1899–1992), juriste et exégète chiite. Né à Khoy, dans l'Azerbaïdjan iranien, il gagna Najaf à treize ans et y enseigna près de soixante ans, formant plusieurs générations de juristes. On lui doit le Muʿjam rijāl al-ḥadīth, dictionnaire biographique des transmetteurs en vingt-quatre volumes : une entreprise de critique documentaire sans équivalent dans la tradition chiite, qui pèse la fiabilité de chaque nom cité dans les chaînes. Son al-Bayān fī tafsīr al-Qurʾān, que conserve la bibliothèque, n'est que l'introduction d'un commentaire resté inachevé ; il y traite de l'inimitabilité du Coran, des lectures et de l'intégrité du texte.
Khoy, 1899 — Najaf, 1912
Abū al-Qāsim al-Mūsawī al-Khūʾī naît en 1899 à Khoy, en Azerbaïdjan iranien, et son nom garde celui de sa ville. Il arrive à Najaf à treize ans et n'en repartira plus. Il y suivra les cours des grands maîtres de la génération précédente, et il y enseignera pendant plus d'un demi-siècle.
Le marjaʿ
À la mort de Muḥsin al-Ḥakīm en 1970, il devient la référence juridique suprême de la plus grande part des chiites duodécimains. Cette fonction — la marjaʿiyya — ne s'obtient ni par élection ni par nomination : elle se constate, lorsque les fidèles et les savants se tournent vers un homme pour leurs questions de droit et leurs aumônes. Elle est donc fragile et considérable à la fois.
Un maître d'enseignants
Son influence s'est exercée d'abord par la classe. Des décennies de cours de droit et de fondements du droit à Najaf ont formé une génération entière de mujtahids, dont son successeur de fait à la tête de la marjaʿiyya. Dans ce système, enseigner est la manière principale de peser : un cours tenu quarante ans produit plus d'effet qu'un livre.
Une position réservée sur le pouvoir
Il n'a pas souscrit à la thèse qui donne au juriste la tutelle politique de la communauté sous la forme qu'elle a prise en Iran après 1979. Sa position relevait de la tradition qui tient le savant à distance du gouvernement — non par indifférence, mais parce qu'elle juge que la fonction religieuse se compromet à l'exercer. Ce désaccord, entre contemporains de la même école, n'est pas une nuance.
1991
Après le soulèvement du sud de l'Irak en mars 1991 et sa répression, il est emmené à Bagdad, paraît à la télévision, puis est assigné à résidence à Najaf. Il y meurt en août 1992. Ces derniers mois sont connus et documentés ; ils appartiennent au dossier d'un homme qui avait alors plus de quatre-vingt-dix ans.
« al-Bayān fī tafsīr al-Qurʾān »
Le volume au fonds, 558 pages, est l'ouvrage par lequel il compte en sciences coraniques. Il avait été conçu comme un commentaire complet ; seuls ont paru l'introduction et le commentaire de la Fātiḥa. Cette introduction est en réalité le livre : elle traite de l'inimitabilité du Coran, de son rassemblement, de l'abrogation, des lectures, et de la question du taʾwīl.
Le point qui a fait sa réputation
Il y récuse fermement la thèse selon laquelle le texte coranique aurait été altéré — thèse que certains auteurs de sa propre tradition avaient admise ou laissée ouverte. Venant de l'autorité la plus haute du chiisme de son temps, cette prise de position a une portée qu'un argument isolé n'aurait pas eue : elle ferme une question à l'intérieur de son école.
Deux bouts d'un même débat, dans ce fonds
Ce volume prend un relief particulier à côté d'un autre que cette bibliothèque conserve. Le « Mirʾāt al-anwār » d'al-Futūnī, dont la notice est dans ce registre, est l'exposé akhbārī de la méthode du taʾwīl : il soutient qu'une grande part du Coran renvoie, sous son sens apparent, aux imams et à leurs adversaires. Al-Khūʾī représente l'aboutissement du courant adverse, celui qui a prévalu. Deux cent cinquante ans séparent les deux livres, et ils posent la même question : jusqu'où un verset peut-il désigner autre chose que ce qu'il dit.
« Muʿjam rijāl al-ḥadīth »
Son autre grande entreprise, absente du fonds, est un dictionnaire biographique des transmetteurs de hadith en une vingtaine de volumes. C'est l'outil de travail de quiconque évalue une chaîne de transmission dans cette tradition. Comme pour les instruments de ce fonds déjà signalés — la concordance d'ʿAbd al-Bāqī, le lexique d'al-Futūnī —, l'ouvrage existe pour être interrogé, et c'est celui-là qui manque ici.
Cinq cent cinquante-huit pages muettes
Le volume est un scan sans couche de texte : un signe par page. Pour un livre de sciences coraniques, où l'on cherche ce qui est dit d'une lecture, d'un verset abrogé, d'un argument nommé, la privation est celle que je relève depuis plusieurs rayons. Elle est ici d'autant plus sensible que le livre est une somme de discussions : son plan ne suit pas l'ordre du Coran, mais celui des questions — et c'est par les questions qu'on voudrait y entrer.