Sayyid Muḥammad Ḥusayn Faḍlallāh (1935–2010), juriste, exégète et poète libanais, né à Najaf où il accomplit toute sa formation avant de s'établir à Beyrouth en 1966. Son œuvre, dont la bibliothèque conserve quatre-vingt-sept titres — le fonds d'auteur le plus vaste qu'elle possède —, tient sur trois versants. L'exégèse d'abord : Min Waḥy al-Qurʾān, commentaire en vingt-quatre volumes qui écarte les récits rapportés sans garantie et cherche dans chaque passage une adresse au lecteur présent. Le droit ensuite, où il exerça un ijtihād personnel : traités sur le pèlerinage et sur les aliments, étude de la maxime « nul dommage » (lā ḍarar wa-lā ḍirār), et un essai sur le renouvellement de la méthode, L'ijtihād entre la captivité du passé et les horizons de l'avenir. La poésie enfin, avec des recueils de quatrains. Il a également écrit sur la condition des femmes et fondé l'œuvre caritative Mabarrat.
Ascendance et naissance
Muḥammad Ḥusayn b. ʿAbd al-Raʾūf Faḍlallāh appartient à une famille de sayyids libanais d'ʿAynātā, au Jabal ʿĀmil. Il naît à Najaf en 1354/1935, où son père poursuivait ses études dans les cercles religieux.
Il grandit donc irakien de formation et libanais d'origine — une double appartenance qui éclaire toute la suite : une éducation najafienne rigoureuse, puis un travail dans un Liban pluriconfessionnel qui ne ressemble en rien à Najaf.
Les études à Najaf
Il apprend les rudiments auprès de son père, puis suit les cours des grands mujtahids de l'époque : Abū al-Qāsim al-Khūʾī, Muḥsin al-Ḥakīm, Maḥmūd al-Shāhrūdī — la génération dont sont sortis la plupart des marjaʿ du XXᵉ siècle.
À côté du droit et de ses fondements, il prend part au mouvement littéraire najafien : il écrit des vers et participe à la rédaction de la revue al-Aḍwāʾ avec de jeunes gens parmi lesquels Muḥammad Bāqir al-Ṣadr. Ce versant littéraire, rarement mentionné, se lit pourtant dans sa prose : une langue déliée, peu technique, adressée à un lecteur qui n'est pas du métier.
L'installation au Liban
Il gagne le Liban en 1966 et s'établit à al-Nabʿa, dans la banlieue est de Beyrouth — alors un quartier pauvre peuplé de migrants venus du Sud et de la Bekaa.
Il y commence un travail qu'il ne quittera plus : une mosquée, des cours, une œuvre de bienfaisance. Quand la guerre le chasse d'al-Nabʿa en 1976, il reprend exactement le même travail à Bi'r al-ʿAbd, dans la banlieue sud.
Les Mabarrāt
Il fonde l'association caritative des Mabarrāt, qui reste sa trace matérielle la plus étendue : orphelinats, écoles, dispensaires et hôpitaux, centres pour handicapés, répartis entre Beyrouth, le Sud et la Bekaa.
Qui ne lit que ses livres manque la moitié de sa vie : il était un marjaʿ qui rendait des avis juridiques, et en même temps le directeur d'institutions qui nourrissaient, instruisaient et soignaient par milliers.
Min waḥy al-Qurʾān
Un commentaire coranique en vingt-cinq volumes, d'abord dicté en cours puis mis au net.
Sa méthode n'est pas celle du commentaire analytique ordinaire : il cherche ce qu'il appelle « l'atmosphère coranique » d'un passage, puis en tire ce qui touche à la vie du lecteur d'aujourd'hui. D'où peu de discussions lexicales longues et beaucoup d'adresse directe. C'est l'un des commentaires chiites contemporains les plus lus hors des cercles religieux, pour cette raison même.
Les autres ouvrages
L'Islam et la logique de la force, l'un de ses premiers livres et des plus diffusés. Puis Des pas sur le chemin de l'islam, Nos questions à la lumière de l'islam, Le mouvement islamique : soucis et questions.
En droit : Fiqh al-sharīʿa en trois volumes, les Questions juridiques, les Avis clairs. Sur les femmes : Réflexions islamiques sur la femme et Le monde de la femme, parmi ses livres les plus discutés.
Ses positions juridiques propres
Il se déclare marjaʿ après la mort d'al-Khūʾī en 1992 — une déclaration que beaucoup, dans les séminaires traditionnels, lui ont contestée.
Parmi les avis qui firent débat : la licéité du calcul astronomique pour établir le début du mois lunaire ; le droit pour une femme de se défendre si son mari la frappe ; la licéité du don d'organes. Le plus vif porta sur sa mise en doute des détails d'un récit traditionnel concernant les violences subies par Fāṭima al-Zahrāʾ — position à laquelle on répondit par des livres entiers.
La bibliothèque conserve ses ouvrages non pour trancher ces questions, mais parce que celui qui veut en juger lit son argument tel qu'il l'a écrit.
Ce qu'on lui a attribué
Une grande partie de la presse, arabe et occidentale, l'a décrit comme le « guide spirituel » du Hezbollah. Il a démenti cette qualification à plusieurs reprises, se disant marjaʿ et non chef d'une organisation.
Le point est rapporté ici parce qu'il appartient à son dossier public, non pour être tranché : qui veut se faire une opinion sur l'homme la trouvera dans ses livres, qui sont à sa disposition.
L'attentat de 1985
Le 8 mars 1985, une voiture piégée explose près de son domicile de Bi'r al-ʿAbd, tuant environ quatre-vingts personnes et en blessant des centaines. Il en réchappe parce qu'il n'était pas encore arrivé.
L'événement est resté présent dans ce qu'il a écrit ensuite sur la violence et sur ceux qui en paient le prix.
Sa mort
Il meurt à Beyrouth le 4 juillet 2010, à soixante-quinze ans, après une maladie.
Il est enterré dans la mosquée des Ḥasanayn, en banlieue sud, où il prêchait et enseignait.