Maurice Duverger (1917–2014), juriste et politologue français, professeur à la Sorbonne. Il a marqué la science politique par sa typologie des partis et par la « loi » qui porte son nom, reliant le mode de scrutin au nombre de partis. Ses manuels sur les institutions politiques et le droit constitutionnel ont formé plusieurs générations d'étudiants, en France comme dans le monde arabe. Il fut élu député européen en 1989.
Angoulême, 1917
Maurice Duverger naît à Angoulême en 1917 et meurt en 2014, à quatre-vingt-seize ans. Sa carrière couvre donc presque tout le siècle : il a formé ses premières idées sous la Troisième République et écrivait encore quand l'Union européenne débattait de sa constitution. Peu de politistes ont observé d'aussi près autant de régimes différents dans un même pays.
Un juriste devenu politiste
Sa formation est celle du droit constitutionnel, discipline qui décrivait alors les institutions à partir des textes qui les établissent. Duverger fait le pas de côté décisif : il regarde ce que les institutions produisent réellement, en comparant des pays, en comptant des sièges, en observant les partis. Il fait passer l'étude des régimes du commentaire de textes à l'enquête empirique.
Les partis politiques
Son livre de 1951 sur les partis est l'ouvrage fondateur d'un domaine. Il y traite les partis non comme des doctrines mais comme des organisations — leurs structures, leur recrutement, leur financement, la manière dont ils sélectionnent leurs candidats — et il les compare d'un pays à l'autre. Cette méthode est devenue si banale qu'on oublie qu'elle a eu un commencement.
« La loi de Duverger »
On lui doit l'une des rares propositions de science politique que l'on appelle une loi : le scrutin majoritaire à un tour tend à produire un système à deux partis, tandis que la représentation proportionnelle favorise le multipartisme. L'énoncé a été discuté, amendé, contesté dans ses exceptions — et il continue d'être le point de départ de toute discussion sur les modes de scrutin.
Le régime semi-présidentiel
On lui doit aussi la catégorie qui sert à décrire la Cinquième République française et plusieurs régimes européens : un président élu au suffrage universel doté de pouvoirs propres, coexistant avec un gouvernement responsable devant le parlement. Forger une catégorie qui manquait est un service que rendent peu de chercheurs, et celle-ci a été adoptée bien au-delà de la France.
Un chercheur qui écrivait dans les journaux
Duverger a tenu pendant des décennies une chronique dans la presse quotidienne, et il a siégé au Parlement européen à la fin de sa vie. Cette double activité — l'analyse et l'intervention — était assumée : il tenait que décrire un régime et juger ce qu'il produit ne sont pas des opérations séparables, à condition de dire laquelle on fait.
Une jeunesse discutée
Sa trajectoire d'avant 1945 lui a été opposée beaucoup plus tard : une adhésion brève, dans les années trente, à un parti d'extrême droite, et un article publié en 1942 sur la situation des fonctionnaires, qui traitait de l'application des lois d'exclusion de Vichy. Il s'en est expliqué publiquement. Le fait appartient au dossier de l'homme ; il ne dispense pas de lire les livres, et il n'interdit pas de les juger sur leur méthode.
« Introduction à la science politique »
« مدخل إلى علم السياسة », 318 pages au fonds, est son manuel d'initiation — celui par lequel des générations d'étudiants arabophones ont abordé la discipline. La traduction est de Sāmī al-Durūbī et Jamāl al-Atāsī, et le fait mérite d'être relevé : al-Durūbī est l'un des grands traducteurs arabes du siècle, connu surtout pour avoir donné en arabe l'œuvre complète de Dostoïevski.
Une question que le catalogue ne tranche pas
Cette bibliothèque tient vingt et un volumes de Dostoïevski. Aucun d'eux n'indique son traducteur. On ne peut donc pas savoir, depuis le catalogue, si ce sont les versions d'al-Durūbī — ce qui serait le cas le plus probable vu leur diffusion, mais la probabilité n'est pas une mesure. Le seul livre du fonds qui nomme al-Durūbī est ce Duverger.
Ce que le rayon donne, et un volume illisible
Deux titres, et une différence brutale. « مدخل إلى علم السياسة » porte une couche de texte dense, 2 543 signes par page, et se cherche au mot. « المؤسسات السياسية والقانون الدستوري », 485 pages, porte une couche de texte de 695 signes contenant **trois lignes d'arabe** — autant dire aucune. C'est le quatrième fichier de ce type rencontré dans ce fonds : un contrôle qui demande « ce PDF a-t-il du texte ? » répond oui, et aucune recherche en arabe n'y aboutira jamais.