Ibn Khallikān (1211–1282), cadi et biographe né à Irbil, étudia à Mossoul, Alep, Damas et au Caire où il fut grand cadi shāfiʿite. Son « Wafayāt al-aʿyān » est le premier grand dictionnaire biographique général de l’islam et un modèle du genre.
Irbil, 608
Aḥmad b. Muḥammad b. Khallikān naît à Irbil le 11 rabīʿ II 608 — le 22 septembre 1211. Son père dirigeait la madrasa Muẓaffariyya de la ville et meurt alors que l'enfant a six ans. La famille se disait issue des Barmakides, les vizirs des premiers Abbassides ; il rapporte lui-même cette ascendance, que les modernes tiennent pour douteuse.
Mossoul, Alep, Damas, Le Caire
Il quitte Irbil vers quinze ans et passe une quinzaine d'années à étudier — Mossoul, Alep, Damas —, puis gagne Le Caire en 1238. Ce n'est pas un détour : c'est là qu'il amasse la matière de son livre, en recueillant auprès de chaque maître les dates de mort, les chaînes de transmission et les vers qu'il consignera plus tard sous des centaines de noms.
Le cadi, et ses destitutions
Il est d'abord cadi suppléant au Caire. En 1261 Baybars le nomme grand cadi shāfiʿite de Damas, charge qu'il tient une dizaine d'années avant d'en être écarté ; il enseigne alors au Caire, à la Fakhriyya, puis retrouve son siège en 1278 et le perd une dernière fois. Les sources s'accordent sur les deux périodes et divergent sur le compte exact des disgrâces — trois selon les uns, davantage selon les autres.
Dix-huit ans de travail
Il commence à rassembler les Wafayāt al-aʿyān wa-anbāʾ abnāʾ al-zamān au Caire en 1256, et n'achève le livre qu'en 1274 : dix-huit ans, menés en marge d'une carrière judiciaire qui le déplaçait d'une capitale à l'autre. Le titre dit le programme — les décès des hommes éminents, et les nouvelles des fils du temps.
Ce qu'il a exclu, et pourquoi c'est le cœur du livre
Il écarte délibérément le Prophète, les Compagnons, les Successeurs, les transmetteurs de hadith et les califes. Non par indifférence : parce que d'autres les avaient traités, et que ce qu'il cherche est précisément ce qu'on ne trouve pas ailleurs. Un dictionnaire de biographies se définit par ce qu'il refuse autant que par ce qu'il recueille ; celui-ci est le premier à l'avoir dit.
La méthode
Huit cent cinquante-cinq notices, numérotées d'un bout à l'autre et rangées par le prénom et non par la mort ni par la classe. Chacune fixe la date du décès, vocalise le nom et la nisba, explique d'où vient cette nisba, et cite les vers ou l'anecdote qui font qu'on se souvient d'un homme. Quand il n'a pas pu établir une date, il l'écrit — c'est rare à son siècle, et c'est ce qui rend le reste utilisable.
Le premier dictionnaire général
Avant lui, on écrivait des recueils par catégorie : les juristes d'une école, les poètes, les médecins, les hommes d'une seule ville. Ibn Khallikān prend les éminents de toutes les classes et les met dans un seul ordre. C'est l'invention du genre tel qu'on le pratiquera ensuite, et la raison pour laquelle six siècles de compilateurs l'ont copié avant de le compléter.
Ceux qui l'ont continué
Ibn Shākir al-Kutubī écrit les Fawāt al-Wafayāt, « ce qui a échappé aux Wafayāt », qui comble exactement les absences voulues par son prédécesseur. Al-Ṣafadī pousse la forme jusqu'à près de trente mille notices dans al-Wāfī bi-l-wafayāt. Et la traduction du baron de Slane, parue de 1842 à 1871, en fait le premier grand dictionnaire biographique arabe lisible en Europe.
Sa mort
Il meurt à Damas le 26 rajab 681 — le 30 octobre 1282 — et il est enterré sur le versant du mont Qāsiyūn.
Ce que la bibliothèque conserve
Les Wafayāt al-aʿyān au complet, en huit volumes — l'ordre et les bornes sont donnés par le titre interne de chaque fichier, et non déduits :
I (493 p.) Ibrāhīm → Jahārkas, notices 1-146
II (557 p.) Ḥabīb b. Aws → Ẓāfir b. al-Qāsim, 147-314
III (524 p.) ʿĀṣim → ʿĪsā b. ʿAbd Allāh, 315-519
IV (490 p.) Ghāzī → Muḥammad b. ʿUbayd Allāh, 520-680
V (436 p.) Muḥammad b. ʿAlī → Nafīsa, 681-767
VI (439 p.) Wāṣil → Yaʿqūb b. al-Layth, 768-828
VII (483 p.) Yaʿqūb b. Abī Yaʿqūb → Yūnus b. Yūsuf, 829-855
VIII (637 p.) les index
Quatre mille cinquante-neuf pages, dont sept volumes de texte et un d'index. Peu d'œuvres de cette taille sont ici tenues d'un bout à l'autre.
Deux autres fichiers du même dossier ne sont pas des volumes : l'un de treize pages est l'introduction de l'éditeur au tome IV ; l'autre ne compte qu'une page.
Et sur un rayon voisin se trouve le Muʿjam muqayyadāt Ibn Khallikān de ʿAbd al-Salām Muḥammad Hārūn, 441 pages, qui répertorie les vocalisations que les Wafayāt fixent. C'est le compagnon exact de ce livre-ci, puisque c'est pour cela qu'on le consulte depuis sept siècles.