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ʿAbd al-Salām Muḥammad Hārūn

Auteur

ʿAbd al-Salām Muḥammad Hārūn

عبد السلام محمد هارون

1 livre

À propos de l'auteur

ʿAbd al-Salām Muḥammad Hārūn (1909-1988), philologue égyptien, le plus important éditeur de textes arabes classiques du XXe siècle. On lui doit les éditions de référence du « Kitāb » de Sībawayh et de plusieurs œuvres d'al-Jāḥiẓ, ainsi que le manuel sur lequel se forment encore les éditeurs arabes. Il a travaillé à l'Académie de langue arabe du Caire.

Un métier sans public

ʿAbd al-Salām Muḥammad Hārūn naît en Égypte en 1909 et meurt en 1988. Il n'a pas écrit d'œuvre à son nom au sens où on l'entend d'ordinaire : il a passé sa vie à établir les textes des autres. C'est un métier dont le résultat est invisible quand il est bien fait, puisqu'un texte bien édité se lit comme s'il n'avait jamais eu besoin de l'être.

Ce que fait un muḥaqqiq

Établir un texte ancien suppose de réunir les manuscrits, de les comparer mot à mot, de choisir entre des leçons divergentes en justifiant chaque choix, de restituer ce qui manque sans inventer, d'identifier les citations, de vocaliser ce qui prête à confusion et de construire les index qui rendent l'ouvrage utilisable. Chacune de ces opérations est une décision, et une édition sérieuse laisse voir toutes ses décisions.

Le « Kitāb » de Sībawayh

Son travail le plus considérable est l'édition du « Kitāb » de Sībawayh, le traité de grammaire du VIIIe siècle qui fonde toute la tradition linguistique arabe. Le texte est d'une difficulté notoire : elliptique, technique, transmis avec des lacunes. L'édition de Hārūn est celle dont on se sert, et c'est par elle que ce livre est cité dans les travaux contemporains.

Al-Jāḥiẓ

Il a établi plusieurs œuvres d'al-Jāḥiẓ, dont « al-Ḥayawān » et « al-Bayān wa-l-tabyīn », ainsi que ses épîtres. Al-Jāḥiẓ digresse, cite de mémoire, mêle les registres : c'est exactement le type d'auteur dont l'édition exige le plus, parce qu'il faut savoir en permanence si une bizarrerie est de lui ou du copiste. Les index de Hārūn pour ces volumes sont restés des instruments de travail autonomes.

« Taḥqīq al-nuṣūṣ wa-nashruhā »

Son livre propre, celui qu'il a écrit et non établi, est le manuel de l'édition des textes. Il y expose la méthode : comment décrire un manuscrit, comment noter les variantes, quand intervenir et quand s'abstenir, comment dresser un index. C'est l'ouvrage sur lequel se sont formées plusieurs générations d'éditeurs arabes, et il vaut d'être lu même par qui n'éditera jamais rien : il apprend à se demander d'où vient le texte qu'on a sous les yeux.

La retenue comme principe

Ce qui distingue son travail n'est pas l'érudition, que beaucoup avaient, mais la discipline de l'abstention. Un éditeur peut toujours améliorer un texte ; Hārūn s'y refuse, signale la difficulté en note et laisse la leçon des manuscrits. Cette retenue est la raison pour laquelle ses éditions ont vieilli lentement : elles ne portent presque rien de lui.

Le Caire, l'Académie

Il a travaillé à l'Académie de langue arabe du Caire et enseigné. Sa production s'inscrit dans le grand mouvement d'édition du patrimoine qui, du début du XXe siècle aux années soixante-dix, a fait passer des milliers de manuscrits à l'imprimé — mouvement dont dépend, sans presque jamais le dire, tout ce que le lecteur d'aujourd'hui tient pour « les sources ».

« Muʿjam muqayyadāt Ibn Khallikān »

Le volume au fonds, 441 pages chez مكتبة الخانجي, est exemplaire de sa manière. Ibn Khallikān, dans son dictionnaire biographique, prend soin de fixer la vocalisation des noms propres qui prêtent à erreur — les muqayyadāt. Hārūn les a relevés et rangés en un répertoire. C'est un outil sur un outil : un instrument fait pour que l'instrument d'un autre serve mieux.

Ce que devient un éditeur dans un catalogue

Ce volume illustre un risque propre au métier. Une fiche portant ce titre mêle deux noms : celui du savant du XIIIe siècle dont on traite et celui du philologue du XXe qui a fait le relevé. Dans ce fonds même, la fiche de Hārūn a longtemps affiché le nom latin et la biographie d'Ibn Khallikān — l'auteur avait absorbé son éditeur. C'est la forme ordinaire de l'effacement dans ce métier : le nom reste sur la couverture et disparaît de la notice.

Ce que le rayon donne

Un seul volume, et c'est peu pour une œuvre aussi étendue : ni le Sībawayh, ni les Jāḥiẓ, ni le manuel ne sont au fonds. Ce qu'on a est un répertoire de 441 pages, cherchable au mot — 1 843 signes par page, 14 896 lignes portant de l'arabe. Pour un livre qui n'existe que pour être consulté à une entrée, c'est exactement la qualité qu'il faut, et c'est plus que n'en ont la plupart des dictionnaires biographiques de ce fonds.