Ṭāha Jābir al-ʿAlwānī (1935–2016), juriste iraquien-américain, spécialiste des fondements du droit (uṣūl al-fiqh) et des finalités (maqāṣid). Cofondateur de l’Institut international de la pensée islamique (IIIT) et président du Conseil du fiqh d’Amérique du Nord, il prônait « la lecture conjointe » du Coran et du réel.
Naissance et études
Ṭāhā Jābir Fayyāḍ al-ʿAlwānī naît en 1935 à Falloudja, en Irak.
Il étudie à al-Azhar et obtient en 1973 un doctorat en fondements du droit portant sur al-Maḥṣūl de Fakhr al-Dīn al-Rāzī — une édition critique de l'un des grands textes de la discipline, et non une étude à son sujet ; elle parut en six volumes.
Ce choix initial éclaire tout son parcours : un homme entré dans la pensée par la porte des uṣūl, c'est-à-dire par la méthode et non par la fatwa.
De l'Irak aux États-Unis
Il enseigne quelques années à l'université Imām Muḥammad b. Saʿūd de Riyad, puis s'installe aux États-Unis au début des années quatre-vingt et y demeure le reste de sa vie.
Ce déplacement n'est pas un détail de biographie : l'essentiel de ce qu'il écrit ensuite répond à une question qu'on ne posait ni à Riyad ni au Caire — comment vit un musulman là où l'islam n'est pas la norme commune ?
L'islamisation du savoir
Il participe en 1981 à la fondation de l'Institut international de la pensée islamique aux États-Unis, avec Ismāʿīl al-Fārūqī et ʿAbd al-Ḥamīd Abū Sulaymān, et le préside de longues années.
Le projet d'« islamisation du savoir » que porte l'Institut repose sur une thèse : la crise contemporaine des musulmans est une crise de méthode avant d'être une crise de règles, et la réforme de la pensée précède celle de la fatwa.
La thèse a été très discutée, accusée tour à tour d'imprécision et d'ambition excessive.
L'éthique du désaccord
Son livre le plus connu et le plus traduit. Il traite de la morale du désaccord entre musulmans : comment les premiers ont divergé sans se rompre, et à quel moment la divergence devient scission.
L'ouvrage est bâti sur un relevé juridique et non sur de l'exhortation : il expose les désaccords des Compagnons puis ceux des imams, et en tire des règles.
Qu'il s'agisse là du plus répandu de ses livres n'est pas sans signification.
Le droit des minorités
Il fonde et préside le Conseil juridique d'Amérique du Nord, et développe de cette place ce qu'on a nommé le fiqh al-aqalliyyāt.
Sa thèse : le musulman en pays non musulman n'est pas dans un état d'exception provisoire auquel s'appliqueraient les licences de la nécessité, mais dans une situation durable qui demande un examen juridique propre — en matière bancaire, matrimoniale, de participation civique.
C'est sa contribution la plus suivie d'effets pratiques, et l'une des plus contestées aussi : ses adversaires y ont vu un droit qui se divise selon la géographie.
Nulle contrainte en religion
Dans ses travaux tardifs il aborde la question de l'apostasie et conclut que le Coran n'établit aucune peine terrestre pour le changement de religion, et que ce qui figure dans la Sunna se rapporte à des situations politiques déterminées.
C'est une opinion contraire à celle du plus grand nombre des juristes, et on lui a répondu. Elle est rapportée ici parce qu'elle appartient à son dossier savant public — son livre est à la disposition du lecteur, et les réponses aussi.
Ses ouvrages
Parmi eux Les fondements du droit musulman : méthode de recherche et de connaissance, L'ijtihād et l'imitation en islam, La réforme de la pensée islamique, Vers une méthodologie coranique de la connaissance, Les finalités de la Loi.
Et son édition d'al-Maḥṣūl de al-Rāzī, le plus lourd de ses travaux et le plus durable.
Sa mort
Il meurt le 4 mars 2016 en Virginie, aux États-Unis, à quatre-vingt-un ans.