Idrīs ʿImād al-Dīn (m. 1468), dāʿī suprême des ismaéliens ṭayyibites du Yémen et historien de la daʿwa. Ses « ʿUyūn al-akhbār » retracent l'histoire de l'imamat ismaélien depuis les origines, en s'appuyant sur des archives yéménites longtemps inaccessibles. Écrit de l'intérieur de la tradition, l'ouvrage transmet une version des origines fatimides que les sources sunnites hostiles ne donnent pas.
Un chef de communauté dans les montagnes du Yémen
Idrīs ʿImād al-Dīn meurt en 872 de l'hégire (1468). Il appartient à une famille yéménite qui détenait depuis plusieurs générations la direction de la daʿwa ṭayyibite, la branche de l'ismaélisme qui s'était réfugiée au Yémen après la fin du califat fatimide. Il en fut le dāʿī muṭlaq, c'est-à-dire l'autorité suprême de la communauté en l'absence de l'imam.
Autorité religieuse et pouvoir réel
Sa charge n'était pas seulement spirituelle : dans les hauts plateaux du Yémen, la direction de la daʿwa impliquait la défense de forteresses, la conduite d'alliances et parfois la guerre. Il a écrit son histoire en homme qui gouvernait, ce qui se voit dans son attention aux questions de succession, de légitimité et de transmission de l'autorité — les questions dont dépendait son propre poste.
« ʿUyūn al-akhbār »
Son œuvre maîtresse est une histoire de la daʿwa ismaélienne en sept parties, depuis les origines jusqu'à son temps. Elle suit la chaîne des imams, la période de dissimulation, l'établissement des Fatimides en Ifrīqiya puis en Égypte, et la scission qui a donné naissance à la branche dont il était le chef. C'est le récit que la communauté faisait d'elle-même, écrit de l'intérieur.
Pourquoi cette source est irremplaçable
Idrīs ʿImād al-Dīn travaillait dans une bibliothèque communautaire qui conservait des ouvrages de l'époque fatimide disparus partout ailleurs. Il les cite, les résume, en transcrit des passages entiers. Pour des pans entiers du Xe et du XIe siècle, ce qu'on sait vient de lui et de personne d'autre — non parce qu'il serait le plus fiable, mais parce qu'il est le seul à avoir vu ces livres.
Ce qu'il faut savoir en le lisant
C'est une histoire écrite par le chef d'une communauté pour cette communauté, et elle en a les caractères : la légitimité de la lignée y est acquise d'avance, les adversaires y sont traités comme des usurpateurs, et le merveilleux n'est pas écarté. Cela ne la disqualifie pas — aucune chronique médiévale n'est neutre — mais cela demande d'en faire un usage critique, et de croiser chaque fois que c'est possible.
« Tārīkh al-khulafāʾ al-fāṭimiyyīn bi-l-Maghrib »
Le volume au fonds, 830 pages chez دار الغرب الإسلامي, est la section maghrébine des « ʿUyūn », publiée séparément. Elle couvre la période décisive : l'implantation de la daʿwa en Ifrīqiya, le ralliement des Kutāma, la proclamation du califat à Raqqāda et les premières décennies fatimides avant le départ pour l'Égypte. C'est la partie la plus utilisée par les historiens du Maghreb.
Des livres qui ont survécu dans des maisons
Les textes ismaéliens n'ont pas été conservés dans des bibliothèques publiques mais dans les familles de la daʿwa, au Yémen puis en Inde, transmis manuscrit à manuscrit à l'intérieur d'un cercle restreint. Leur édition, entreprise au XXe siècle, a mis à la disposition de tous une littérature dont l'historiographie sunnite et duodécimaine n'avait connu jusque-là que ce que ses adversaires en disaient.
Ce que sa présence signifie dans ce fonds
Une bibliothèque arabe qui tient un volume des « ʿUyūn al-akhbār » à côté de ses tafsīrs, de ses recueils de hadith et de ses ouvrages de fiqh ne fait pas un geste anodin. Elle met à disposition la version que donne d'elle-même une communauté minoritaire, à lire en face de celles que donnent les autres. C'est la condition de toute histoire comparée des courants de l'islam.
L'édition
Le texte a été établi à partir de manuscrits conservés dans la communauté, et l'éditeur maghrébin qui l'a publié est spécialisé dans les sources de l'Occident musulman. Le volume porte donc deux appartenances : celle de son auteur yéménite et celle de l'histoire maghrébine qu'il raconte, éditée là où elle s'est passée.
Ce que le rayon ne permet pas
Un seul volume, et il est illisible pour une machine : 830 pages, un scan sans couche de texte, un signe par page. Pour une source historique, c'est le pire des cas. On ne lit pas une chronique d'un bout à l'autre ; on y cherche un nom, une date, une tribu, un gouverneur. Sans texte, il faut parcourir huit cents pages d'images pour vérifier ce qu'une recherche donnerait en une seconde — et c'est exactement ce que ce livre est fait pour permettre.