Jalāl al-Dīn al-Suyūṭī (1445–1505), polymathe égyptien de l’époque mamelouke, auteur d’environ six cents ouvrages (tafsīr, hadith, langue, histoire), parmi les plus prolifiques de la tradition islamique.
Le Caire, 849
Jalāl al-Dīn ʿAbd al-Raḥmān al-Suyūṭī naît au début de rajab 849 — 1445. Son père était cadi d'Asyūṭ, d'où la nisba ; sa mère était une esclave turque. Le père meurt alors que l'enfant a cinq ou six ans, et il grandit orphelin au Caire. Il aura appris le Coran par cœur avant huit ans.
Un homme qui écrit plus qu'il n'enseigne
On lui compte environ six cents ouvrages — certains de quelques feuillets, d'autres de plusieurs volumes. Ce chiffre dit moins une puissance de travail qu'une manière : il compile, abrège, classe, complète ce que d'autres ont laissé inachevé, et il le fait dans presque toutes les disciplines de son temps. C'est un bibliothécaire qui écrit, et l'expression n'est pas péjorative : une partie de ce que le XVe siècle savait ne nous est parvenue que par ses recueils.
La retraite de l'île
Vers quarante ans, il se retire à Rawḍat al-Miqyās, l'île du Nil au Caire, cesse d'enseigner et de donner des consultations juridiques, refuse les présents des riches et des émirs, et décline les convocations du sultan. Il y écrit la plupart de ses livres. Ce retrait n'était pas de la modestie : il tenait qu'un savant de son rang n'avait pas à se déplacer.
La querelle
Il s'est déclaré mujtahid — habilité à tirer du droit directement des sources plutôt que de suivre une école — et rénovateur du siècle. La prétention lui a valu l'hostilité durable de son contemporain al-Sakhāwī, qui a consigné contre lui à peu près tout ce qu'un adversaire peut consigner. Les deux hommes avaient du caractère, et la postérité a hérité de leur dispute en même temps que de leurs livres.
Al-Itqān fī ʿulūm al-Qurʾān
C'est son livre le plus utilisé, et la somme des « sciences du Coran » : circonstances de la révélation, ordre des sourates, abrogeant et abrogé, lecture et variantes, langue, figures, inimitabilité. Quatre-vingts chapitres qui rassemblent ce que cinq siècles d'exégèse avaient dispersé. On ne le lit pas d'un bout à l'autre ; on y cherche.
L'histoire des califes
Tārīkh al-khulafāʾ va d'Abū Bakr aux califes abbassides du Caire, contemporains de l'auteur. C'est un livre de notices plutôt qu'un récit continu : pour chaque règne, les dates, les événements marquants, les traits de caractère, les anecdotes. Le genre lui convenait.
Les mérites de la famille du Prophète
Iḥyāʾ al-mayt bi-faḍāʾil ahl al-bayt, vingt-quatre pages, rassemble des traditions sur les mérites de la famille du Prophète. Qu'un savant shāfiʿite du Caire mamelouk y ait consacré un opuscule vaut d'être noté : le texte est abondamment cité par des lecteurs chiites, et il est ici sur le même rayon que le reste de son œuvre sunnite.
Sa mort
Il meurt dans son île en 911 de l'hégire — 1505 —, à soixante et un ans.
Ce que la bibliothèque conserve
Trois ouvrages, et l'un d'eux tient à lui seul le rayon.
Al-Itqān y est COMPLET : les sept tomes réunis dans un seul fichier de trois mille quatre-vingt-douze pages, dans l'édition établie par le Markaz al-Dirāsāt al-Qurʾāniyya et publiée par le complexe du Roi Fahd pour l'impression du Coran. Vérifié sur la page de titre. C'est, de très loin, le plus gros fichier unique de tout ce fonds, et une œuvre majeure tenue d'un bout à l'autre — ce qui est rare ici.
S'y ajoutent Tārīkh al-khulafāʾ, quatre cent vingt et une pages, et l'opuscule de vingt-quatre pages sur la famille du Prophète.
Une ironie de fichier qu'il faut signaler au lecteur : des trois, le SEUL qui porte une couche texte est l'opuscule de vingt-quatre pages. Al-Itqān, qui est par nature un ouvrage où l'on cherche — un terme, une sourate, une question — et non un livre qu'on lit, est une image de bout en bout. Trois mille quatre-vingt-douze pages dans lesquelles aucun mot ne peut être trouvé autrement qu'en tournant les feuillets.