Muḥammad al-Ṭāhir Ibn ʿĀshūr (1879–1973), juriste et exégète tunisien, recteur de la Zaytūna et shaykh al-islām mālikite de Tunis. Auteur d'al-Taḥrīr wa-l-tanwīr, commentaire coranique en trente volumes, l'un des plus attentifs du XXᵉ siècle à la rhétorique et à l'agencement des versets. Son traité Maqāṣid al-sharīʿa a rendu à la science des finalités la place qu'elle avait perdue depuis al-Shāṭibī, et reste la référence des études qui s'en réclament. Il a aussi écrit sur l'ordre social en islam et sur la réforme de l'enseignement.
Naissance et milieu
Muḥammad al-Ṭāhir b. ʿĀshūr naît à La Marsa, près de Tunis, en 1879, dans une famille andalouse établie en Ifrīqiya depuis des siècles et fournissant des juristes à la ville. Son grand-père maternel, Muḥammad al-ʿAzīz Būʿattūr, fut ministre du bey. Il grandit donc au croisement du savoir religieux et de l'administration.
La Zaytūna
Il entre à la Zaytūna à quatorze ans et y accomplit tout son cursus, avant d'y enseigner à partir de 1899. Il en deviendra shaykh al-islām mālikite en 1932, puis recteur. Sa carrière se confond avec l'institution, qu'il s'emploiera à réformer — programmes, méthodes, place des sciences — contre une part du corps enseignant.
« La vérification et l'illumination »
Al-Taḥrīr wa-l-tanwīr est son œuvre maîtresse : trente volumes, près de quarante années de travail. Il annonce dans son introduction qu'il ne dira que ce que ses devanciers n'ont pas dit, et s'y tient — on y trouve peu de récits rapportés et beaucoup d'analyse du naẓm, l'agencement du texte, et de la balāgha. La bibliothèque le conserve.
Les finalités de la Loi
Maqāṣid al-sharīʿa al-islāmiyya, paru en 1946 et présent au fonds, est le livre qui a refondé une discipline. Il y soutient que les finalités doivent former une science distincte des uṣūl al-fiqh, avec ses propres méthodes d'établissement, et place au centre la notion de fiṭra — la disposition originelle — comme critère de ce que la Loi vise pour les hommes.
L'ordre social
Uṣūl al-niẓām al-ijtimāʿī fī l-islām prolonge les Maqāṣid du côté de la vie collective : il y cherche dans le Coran les principes d'organisation d'une société plutôt que des prescriptions isolées. C'est le versant appliqué d'une même conviction — que la règle se comprend par ce qu'elle veut produire.
Une controverse savante
Naqd ʿilmī li-kitāb al-Islām wa-uṣūl al-ḥukm, que conserve la bibliothèque, examine point par point l'ouvrage que ʿAlī ʿAbd al-Rāziq publia au Caire en 1925. Ibn ʿĀshūr y discute la lecture des textes et la méthode plus que les conclusions : c'est une réponse de philologue et de juriste, non un pamphlet.
La langue
Mūjaz al-balāgha, également au fonds, est un abrégé de rhétorique destiné à l'enseignement. Il rappelle que l'exégète fut d'abord un homme de langue : son tafsīr ne se sépare jamais de l'analyse du style, et il tenait la balāgha pour l'instrument premier de toute lecture du Coran.
Un réformateur dans l'institution
Son réformisme ne passe pas par la rupture mais par le programme : révision des cursus de la Zaytūna, introduction de disciplines nouvelles, critique de l'enseignement par la seule mémorisation. Il écrivit aussi sur l'éducation — Alaysa al-ṣubḥ bi-qarīb —, où il examine les causes du recul intellectuel des sociétés musulmanes.
Mort et postérité
Il meurt à Tunis en 1973, à quatre-vingt-quatorze ans. Son tafsīr et ses Maqāṣid ont connu une diffusion croissante après sa mort : le second est aujourd'hui l'une des références obligées de tout travail sur les finalités du droit, et son fils Muḥammad al-Fāḍil poursuivit une carrière comparable à la Zaytūna.