Abū l-Qāsim Maḥmūd ibn ʿUmar al-Zamakhsharī (1075–1144), dit « Jār Allāh » (le voisin de Dieu) pour son long séjour à La Mecque. Grammairien, lexicographe et exégète mu‘tazilite originaire du Khwârezm, célèbre pour son tafsīr al-Kashshāf et ses travaux fondateurs sur la langue arabe.
Né au Khwarezm
Abū l-Qāsim Maḥmūd b. ʿUmar al-Zamakhsharī (467–538 H / 1075–1144) naquit à Zamakhshar, village du Khwarezm, à l'extrémité orientale du monde musulman.
Il est de ces non-Arabes devenus autorités en langue arabe — et c'est l'une des choses qu'on rappelle le plus souvent à son sujet : un homme dont l'arabe n'était pas la langue maternelle, devenu l'un des maîtres de sa grammaire et de sa rhétorique.
« Le voisin de Dieu »
On le surnomma Jār Allāh, « le voisin de Dieu », pour son long séjour à La Mecque, où il demeura des années à écrire et à enseigner.
Il voyagea beaucoup entre le Khwarezm, Bagdad et le Hedjaz. On rapporte qu'il perdit une jambe sur une route enneigée du Khwarezm et marchait depuis lors sur une jambe de bois.
Un muʿtazilite au siècle des ashʿarites
Hanafite en droit, muʿtazilite en théologie, il l'affichait sans le dissimuler — dans un siècle où le muʿtazilisme avait déjà reculé devant l'ashʿarisme.
Cette franchise commande le destin de ses livres : on ne les a pas écartés parce qu'il était muʿtazilite, on ne les a pas non plus reçus tels quels. On les a lus d'une troisième manière, exposée plus bas.
Le Kashshāf
Al-Kashshāf ʿan ḥaqāʾiq ghawāmiḍ al-tanzīl, son commentaire du Coran, compte parmi les plus grands travaux jamais consacrés à la rhétorique coranique.
Sa force tient à la méthode : il lit le verset avec les outils du rhétoricien — pourquoi ce mot avant celui-là, pourquoi cette ellipse, pourquoi cette métaphore — et ramène chaque réponse à la question de l'inimitabilité. D'où le jugement, souvent répété, que nul n'a mis à jour la rhétorique du Coran comme lui.
Il porte en même temps des interprétations muʿtazilites explicites sur les attributs divins, la vision de Dieu et la création des actes humains.
Comment on l'a lu après lui
Les sunnites se trouvèrent devant un embarras : sa rhétorique était indispensable, sa théologie irrecevable.
Deux solutions y répondirent. Ibn al-Munayyir d'Alexandrie écrivit al-Intiṣāf, une glose imprimée en regard du texte et réfutant ses passages muʿtazilites un à un. Et al-Bayḍāwī l'abrégea dans Anwār al-tanzīl, gardant son regard rhétorique et retirant sa théologie — cet abrégé devint pour des siècles le commentaire enseigné dans les madrasas sunnites.
Cette bibliothèque conserve le Kashshāf en sept volumes et ne conserve ni l'un ni l'autre. Le lecteur le trouve donc ici tel que son auteur l'a écrit, sans la glose qui réfute ni l'abrégé qui corrige.
Asās al-balāgha et al-Mufaṣṣal
Asās al-balāgha est un dictionnaire sans équivalent : pour chaque racine, il sépare l'emploi propre de l'emploi figuré et cite les attestations. C'est le premier dictionnaire arabe bâti sur cette idée.
Al-Mufaṣṣal fī ṣanʿat al-iʿrāb fut un manuel de grammaire enseigné durant des siècles ; Ibn Yaʿīsh le commenta en plusieurs volumes.
On lui doit encore Rabīʿ al-abrār, recueil littéraire, et Aṭwāq al-dhahab, recueil d'exhortations.
Sa mort
Il mourut à Gurgandj, au Khwarezm, en 538 H (1144), à soixante et onze ans.
Ce que la bibliothèque conserve
Le Kashshāf en sept volumes — soit l'œuvre à peu près entière, et le plus lourd des commentaires médiévaux que porte ce fonds.