Abū al-Ḥasan al-ʿĀmilī al-Nabāṭī al-Futūnī (m. 1138/1726), savant chiite d'origine libanaise installé en Iran safavide. Son « Mirʾāt al-anwār », introduction au « Tafsīr al-Burhān », expose les principes de l'exégèse fondée sur les récits des imams. Il est représentatif de l'école akhbārite, qui refuse le raisonnement juridique indépendant au profit de la seule transmission.
Du Jabal ʿĀmil à Najaf
Abū al-Ḥasan al-ʿĀmilī al-Nabāṭī, dit al-Futūnī, meurt vers 1138 de l'hégire (1726). Son nom porte son itinéraire : issu d'une famille du Jabal ʿĀmil, au Liban du Sud, il appartient à ces savants qui firent le chemin vers les villes saintes d'Irak, où il enseigna. Ce déplacement du Liban vers Najaf est l'un des mouvements qui ont fait l'érudition imamite de l'époque.
Le moment akhbārī
Il écrit au cœur d'une querelle interne qui a divisé le chiisme imamite pendant deux siècles : celle des akhbārīs et des uṣūlīs. Les premiers tenaient que les traditions des imams suffisent et qu'il n'y a pas lieu de raisonner par-dessus ; les seconds défendaient les procédés du droit — analogie encadrée, principes, jugement du savant. Al-Futūnī est du premier camp, et il en est l'un des théoriciens.
« Mirʾāt al-anwār »
Son ouvrage, 592 pages au fonds, s'intitule « Miroir des lumières et niche des secrets ». Ce n'est pas un commentaire du Coran : c'est un traité sur la façon de le commenter. Il y soutient qu'une grande part du texte a, au-delà de son sens apparent, un référent caché — les imams, leurs partisans, leurs adversaires — et il expose les règles qui permettent, selon lui, d'y accéder.
Un lexique du taʾwīl
La partie la plus utilisée est un répertoire : des centaines de termes coraniques, chacun suivi de ce à quoi la tradition imamite le rapporte. Tel mot désigne la connaissance, tel autre l'imam, tel autre ses ennemis. L'ouvrage devient ainsi un instrument : on y cherche un terme et l'on obtient sa lecture reçue. C'est, en forme de dictionnaire, la doctrine entière.
Pourquoi il a été imprimé comme une introduction
Le titre sous lequel ce volume figure ici le dit : « introduction au tafsīr al-Burhān, dite Mirʾāt al-anwār ». Les éditeurs ont placé ce traité en tête du grand commentaire de Hāshim al-Baḥrānī, et le rapprochement se comprend : al-Baḥrānī compile des traditions verset après verset sans théoriser sa méthode, et al-Futūnī fournit précisément la théorie qui manquait. L'un donne la pratique, l'autre la justification.
Les huit volumes qu'il introduit sont ici
Et c'est ce qui rend ce rayon notable dans ce fonds : « al-Burhān » y est présent en entier, huit volumes allant de la Fātiḥa à la fin du Coran, chacun portant son numéro de tome et son étendue de sourates. Al-Baḥrānī a par ailleurs sa propre notice dans ce registre. On peut donc lire ici la théorie et son application, ce qui est rare — les introductions se perdent et les commentaires circulent seuls.
Une attribution que l'impression a brouillée
Parce qu'il a été imprimé en tête d'un autre livre, ce traité est régulièrement attribué à al-Baḥrānī, qui ne l'a pas écrit. L'erreur est répandue dans les catalogues et les citations. Celui de cette bibliothèque ne la commet pas : le volume est rangé sous le nom de son auteur réel, et les huit tomes sous celui du leur. C'est le genre de distinction qui ne se voit que lorsqu'elle manque.
Comment lire un tel texte
Un lecteur qui n'appartient pas à cette tradition n'a pas à partager la thèse pour que le livre lui serve. Il y trouve l'exposé explicite et ordonné d'une herméneutique qui est, ailleurs, implicite — et savoir comment un commentaire décide de ce qu'un mot désigne vaut pour l'étude du commentaire bien au-delà de l'adhésion. C'est aussi un document sur ce qu'une école pouvait soutenir au XVIIIe siècle, et sur ce qu'elle jugeait avoir besoin de justifier.
Ce qu'il est advenu de son camp
À la fin du XVIIIe siècle, les uṣūlīs l'emportent et l'akhbārisme devient une position marginale dans le chiisme savant. Les livres de cette école n'ont pourtant pas disparu : ils ont continué d'être réimprimés, et les grandes compilations de traditions exégétiques qu'ils ont produites restent en usage chez des lecteurs qui ne se réclament plus de leur méthode. Al-Futūnī est l'un de ces auteurs que la défaite doctrinale n'a pas retirés des bibliothèques.
Cinq cent quatre-vingt-douze pages muettes
Le volume est un scan sans couche de texte : un signe par page. La perte est de la même nature que pour l'iʿrāb d'al-Nūrī, présent dans ce fonds, et pour la concordance d'ʿAbd al-Bāqī. Ce livre est, dans sa plus grande partie, un dictionnaire : on ne l'ouvre pas pour le lire, on y cherche un terme. Un répertoire alphabétique qu'on ne peut pas interroger n'est plus un répertoire, c'est cinq cent quatre-vingt-douze pages d'images à feuilleter.