Aḥmad b. Ḥanbal (780–855), traditionniste de Bagdad et fondateur éponyme de la quatrième école juridique sunnite. Son « Musnad » rassemble près de trente mille traditions, ordonnées par transmetteur plutôt que par sujet. Il resta la figure de la résistance à la miḥna, l'inquisition muʿtazilite qui voulut imposer le dogme du Coran créé : emprisonné et fouetté, son refus lui valut une autorité que la victoire de ses adversaires n'entama pas.
Bagdad, 164 de l'hégire
Aḥmad b. Muḥammad b. Ḥanbal naît à Bagdad en 164 de l'hégire (780), d'une famille arabe des Shaybān venue du Khurāsān. Son père meurt alors qu'il est enfant ; il est élevé par sa mère dans une aisance modeste. Il commence très jeune à recueillir le hadith, dans une ville qui est alors la capitale du monde et le carrefour où convergent les transmetteurs.
Les voyages
La collecte du hadith supposait de se déplacer vers ceux qui le détenaient, et il l'a fait plus que la plupart : Bassora, Koufa, La Mecque, Médine, la Syrie, la Jazīra, et le Yémen, où il alla entendre ʿAbd al-Razzāq al-Ṣanʿānī. Ces voyages ne sont pas un détail biographique mais la méthode même : on ne tenait une tradition pour sûre qu'en l'ayant entendue de la bouche de qui la tenait.
L'élève d'al-Shāfiʿī
À Bagdad il fréquente al-Shāfiʿī, dont il retient l'exigence d'un raisonnement juridique discipliné. La relation est restée célèbre pour son estime réciproque : chacun a dit de l'autre qu'il était le plus savant de son temps dans ce que lui-même savait le moins. Ibn Ḥanbal en sort juriste, mais un juriste pour qui le texte transmis tranche partout où il est établi.
La miḥna
En 218 (833), le calife al-Maʾmūn impose comme doctrine d'État que le Coran est créé, thèse muʿtazilite, et fait interroger les savants. Ibn Ḥanbal refuse d'y souscrire. Sous al-Muʿtaṣim il est emprisonné près de deux ans et flagellé ; il maintient son refus, et sa position est simple : il ne dira ni que le Coran est créé, ni le contraire, parce que ni l'un ni l'autre n'est dans les textes.
Ce que l'épreuve a fondé
L'épreuve a fait de lui, de son vivant, une figure populaire dépassant de loin sa stature de savant. Quand al-Mutawakkil renverse la politique religieuse et veut l'honorer, il accepte mal les faveurs et se tient à l'écart de la cour. Cette réserve devant le pouvoir, autant que la doctrine, est ce que son école a retenu de lui.
Un homme qui ne voulait pas d'école
Il a découragé qu'on consigne ses opinions, jugeant qu'un avis n'engage que son auteur et le moment où il est donné. Le madhhab ḥanbalite s'est donc formé après lui, à partir des réponses que ses fils et ses élèves ont notées — les « Masāʾil ». C'est une singularité : la seule des quatre écoles sunnites dont le fondateur n'a pas écrit de traité de droit.
« al-Musnad »
Son œuvre est un recueil de dizaines de milliers de traditions, mis en forme et transmis par son fils ʿAbd Allāh. Le principe de classement est décisif : les hadiths y sont rangés par compagnon transmetteur, et non par chapitre de droit. Le livre suit les hommes, pas les sujets.
Pourquoi ce classement complique tout
Un recueil ordonné par transmetteur se prête mal à la consultation : pour savoir ce qui est rapporté sur une question, il faut parcourir des centaines de chaînes plutôt que d'ouvrir un chapitre. C'est précisément pour remédier à cela qu'on a produit, au fil des siècles, index, concordances et refontes thématiques. Le « Musnad » est un ouvrage qu'on ne lit pas : on y cherche.
La fin, et la foule
Il meurt à Bagdad en 241 (855). Les sources rapportent des funérailles d'une ampleur exceptionnelle, et l'on s'accorde à y voir moins l'hommage à un juriste que la manifestation de ce que son refus, vingt ans plus tôt, avait représenté pour la ville. Son école est aujourd'hui la moins répandue des quatre en nombre, et l'une des plus commentées.
Ce que le rayon donne — et le problème qu'il illustre
Deux volumes, tous deux intitulés « المسند » et tous deux publiés par دار الحديث : l'un de 560 pages, l'autre de 640. Ce ne sont pas des doublons mais deux tomes d'un ensemble qui en compte beaucoup plus, et rien dans leur titre ne dit lequel est lequel — sur la page de l'auteur, deux cartes portent le même libellé. S'y ajoute la mesure : les deux sont des scans sans couche de texte, un signe par page. Un ouvrage qui ne se lit qu'en y cherchant, et dans lequel on ne peut pas chercher.