Zaynab al-Ghazālī (1917–2005), militante égyptienne, fondatrice de l'Association des femmes musulmanes. Proche des Frères musulmans, elle fut arrêtée en 1965, torturée et condamnée à vingt-cinq ans de travaux forcés, avant d'être libérée en 1971. Son récit de détention et ses écrits de prédication l'ont établie comme la principale figure féminine du courant islamiste égyptien.
Buḥayra, 1917
Zaynab al-Ghazālī naît en 1917 dans un village de la province de Buḥayra, en Égypte. Son père, marchand de coton formé à al-Azhar, prêchait et lui fit apprendre le Coran enfant. Elle monte au Caire adolescente, dans une ville où le mouvement des femmes était déjà organisé et visible.
Une rupture avec le féminisme de son temps
Elle adhère très jeune à l'Union féministe égyptienne de Hudā Shaʿrāwī, puis s'en sépare. Son désaccord n'était pas sur l'organisation des femmes — elle en fera une toute sa vie — mais sur le cadre : elle voulait fonder l'action féminine sur la référence religieuse plutôt que sur le modèle européen que l'Union invoquait. C'est une scission de méthode, non de but.
L'Association des femmes musulmanes, 1936
À dix-huit ans elle fonde sa propre organisation. Elle en fera une institution considérable : des sections dans plusieurs provinces, une revue, un orphelinat, des dispensaires, des cours. Il faut mesurer ce que cela suppose — collecter des fonds, tenir une comptabilité, former des cadres — et retenir qu'elle l'a fait d'abord comme administratrice, bien avant d'être connue comme figure politique.
La fusion de 1948, et la condition qu'elle y mit
Ḥasan al-Bannā lui demanda à plusieurs reprises de rattacher son association aux Frères musulmans ; elle refusa aussi longtemps qu'elle put, tenant à son indépendance. Elle accepta en 1948. Ce détail est celui que les récits ultérieurs effacent le plus volontiers, dans les deux sens : elle n'a pas été une recrue, elle a négocié.
Les années clandestines
Après l'assassinat d'al-Bannā en 1949, et surtout après la répression de 1954, elle devient l'une des pièces de l'organisation interdite : acheminement de fonds, hébergement de clandestins, liaison entre prisonniers et familles. Ce travail est par nature peu documenté, et c'est pourtant celui qui explique son arrestation.
1965
Arrêtée en 1965, elle est condamnée à vingt-cinq ans et torturée en détention. Elle est libérée en 1971 sous Sadate, après six ans. Les faits de sa détention sont rapportés d'abord par elle-même, dans un livre dont les récits précis ont été discutés — ce qui est le sort de tout témoignage unique sur ce qui se passe hors témoins.
« Ayyām min ḥayātī », qui n'est pas ici
Ce livre de prison est devenu l'un des textes islamistes les plus lus du siècle, traduit et réédité sans cesse. Il n'est pas au fonds. Son absence n'est pas neutre : c'est par lui qu'elle est connue hors d'Égypte, et le rayon la présente donc par un tout autre versant.
« Naẓarāt fī kitāb Allāh »
Le volume au fonds, 720 pages chez دار الشروق, est son commentaire du Coran. Elle l'a écrit tard, après la prison et après les années d'organisation. Ce n'est pas un livre de militante : c'est un tafsīr, avec sa marche sourate par sourate et son appareil, écrit par quelqu'un qui avait appris le Coran avant d'apprendre la politique.
Une femme qui écrit un tafsīr
Le genre a été presque exclusivement masculin jusqu'au XXe siècle, et elles sont peu nombreuses à en avoir composé un complet. Cette bibliothèque en tient un autre cas, et il vaut d'être rapproché : ʿĀʾisha ʿAbd al-Raḥmān, dite Bint al-Shāṭiʾ, universitaire et philologue, qui a sa notice ici. Les deux femmes n'ont ni la même formation ni les mêmes engagements, et elles ont fait la même chose dans un genre qui ne les attendait pas.
Sept cent vingt pages muettes
Le volume est un scan sans couche de texte : un signe par page. Pour un commentaire coranique, la perte est d'un genre précis. On n'ouvre pas un tafsīr pour le lire d'un bout à l'autre : on cherche ce que l'auteur dit d'un verset. Le classement par sourates permet d'y arriver sans recherche, et c'est ce qui sauve ce volume — mais rien ne remplace la possibilité de suivre un terme ou une formule à travers sept cent vingt pages, qui est la seule façon de lire un commentaire comme une doctrine plutôt que comme une succession de gloses.