Bibliothèque
Mʿ

Auteur

Muḥammad ʿĀbid al-Jābirī

محمد عابد الجابري

29 livres

À propos de l'auteur

Muḥammad ʿĀbid al-Jābirī (1935–2010), philosophe marocain, professeur à l'université Mohammed-V de Rabat. Auteur de la Critique de la raison arabe en quatre volumes, où il distingue trois régimes de savoir qui auraient formé la pensée arabe : le bayān, le ʿirfān et le burhān. On lui doit aussi Nous et le patrimoine, la Formation de la raison arabe, une Introduction au Coran et un commentaire coranique. Son projet suscita un vaste débat, et Georges Tarabichi lui répondit par une série entière d'ouvrages.

Origines et formation

Muḥammad ʿĀbid al-Jābirī naît en 1935 à Figuig, oasis du sud-est marocain, à la frontière algérienne. Il fait ses études à Casablanca puis à Damas, avant de revenir à Rabat où il obtient en 1970 un doctorat de philosophie. Il enseignera la philosophie et la pensée arabe à l'université Mohammed-V pendant plus de trente ans.

Ibn Khaldūn, premier chantier

Sa thèse porte sur Ibn Khaldūn : Fikr Ibn Khaldūn — al-ʿaṣabiyya wa-l-dawla, que conserve la bibliothèque, lit la Muqaddima comme une sociologie du pouvoir maghrébin plutôt que comme une philosophie générale de l'histoire. On y trouve déjà sa manière : rendre un auteur à son terrain et à son époque avant de l'universaliser.

« Critique de la raison arabe »

Le Naqd al-ʿaql al-ʿarabī, en quatre volumes, est son œuvre maîtresse, et le fonds en porte le premier titre. Il y distingue trois ordres de savoir qui se sont succédé et concurrencés dans la culture arabe : le bayān, ordre du texte et de la langue ; le ʿirfān, ordre de la connaissance illuminative ; et le burhān, ordre de la démonstration.

Une thèse discutée

De cette tripartition il tire une préférence : le burhān, porté selon lui par l'Occident musulman — Ibn Rushd, Ibn Ḥazm, Ibn Bājja — contre le ʿirfān oriental hérité de l'hermétisme. La thèse a été vivement contestée, notamment par Georges Tarabichi qui lui consacra une réfutation en plusieurs volumes. Elle reste l'une des propositions les plus débattues de la pensée arabe contemporaine.

Averroès

Ibn Rushd : sīra wa-fikr, au catalogue, est le pendant biographique de cette préférence. Al-Jābirī y voit moins un commentateur d'Aristote qu'un juriste-philosophe qui sépare les ordres de discours — démonstration pour les savants, dialectique pour les théologiens, rhétorique pour le grand nombre — et fonde ainsi la possibilité d'une raison autonome.

Le rapport à l'héritage

Naḥnu wa-l-turāth, également conservé, pose le problème méthodique : comment lire un héritage sans le répéter ni le renier. Il y propose de traiter les textes anciens en historien — les rendre à leur contexte pour s'en rendre contemporain —, formule qui a fait école bien au-delà du Maroc.

Le Coran, dernier chantier

Ses dernières années sont consacrées au Coran : Madkhal ilā l-Qurʾān al-karīm, puis Fahm al-Qurʾān al-ḥakīm, commentaire suivant l'ordre de la révélation et non celui du muṣḥaf. Les deux sont au fonds. Il y applique au texte fondateur la méthode historique qu'il avait éprouvée sur la philosophie.

L'enseignement et la cité

Il a écrit des manuels de philosophie pour l'école marocaine, et ses livres sur la culture, l'éducation et le discours arabe contemporain — tous présents au catalogue — s'adressent à un public plus large que l'université. Cette part didactique de son œuvre explique sa diffusion dans le monde arabe.

Mort et héritage

Il meurt à Casablanca en 2010. Une partie de son œuvre est disponible en libre accès par volonté testamentaire. La bibliothèque en conserve vingt-neuf titres, ce qui en fait l'un de ses fonds contemporains les plus complets : l'épistémologie, l'héritage, Averroès, Ibn Khaldūn et le Coran s'y trouvent réunis.

Parmi eux, un livre qui n'est pas de lui seul : Ḥiwār al-mashriq wa-l-maghrib, le dialogue qu'il a tenu avec Ḥasan Ḥanafī. Les deux hommes y opposent les deux plus grands projets philosophiques arabes de la fin du siècle — la critique de la raison arabe du Marocain, et la phénoménologie de l'Égyptien — et ils ne s'accordent pas. Le livre est catalogué sous leurs deux noms ; il a été rattaché à cette page-ci, et la fiche de Ḥanafī y renvoie.