Muḥammad Bāqir al-Ṣadr (1935–1980), juriste et penseur chiite irakien, formé et enseignant à Najaf, où il donna très jeune des cours de niveau supérieur. Son œuvre porte sur quatre fronts, tous représentés dans la bibliothèque : la philosophie, avec Falsafatunā, examen critique des théories de la connaissance ; la logique, avec al-Usus al-manṭiqiyya lil-istiqrāʾ, sans doute son livre le plus original, qui refonde l'induction sur un calcul des probabilités ; les uṣūl al-fiqh, dont il renouvela l'enseignement dans al-Maʿālim al-jadīda ; et l'exégèse thématique, avec al-Madrasa al-Qurʾāniyya. On lui doit aussi Iqtiṣādunā, traité d'économie.
Ascendance et naissance
Muḥammad Bāqir b. Ḥaydar al-Ṣadr appartenait à une famille de sayyids irakiens d'origine libanaise, illustre dans le droit de génération en génération. Il naquit à Kāẓimiyya en 1935.
Son père mourut quand il avait quatre ans ; il fut élevé par sa mère et son frère aîné Ismāʿīl. Mūsā al-Ṣadr était son cousin.
Une précocité rare
Ce que sa biographie montre d'abord, c'est la rapidité de sa formation. Il étudia la logique à onze ans et y écrivit un opuscule, gagna Najaf en 1945, et atteignit le degré d'ijtihād vers vingt ans.
Il commença à enseigner le baḥth khārij — le plus haut cercle du séminaire — à vingt-cinq ans, chose rare dans l'histoire moderne de Najaf.
Cette rapidité éclaire ses livres : Notre philosophie et Notre économie furent écrits dans sa vingtaine, et le lecteur d'aujourd'hui les prend pour le fruit d'une vie entière.
Notre philosophie et Notre économie
Notre philosophie (1959) expose une théorie de la connaissance et une doctrine philosophique, dressées face au matérialisme dialectique, alors la philosophie dominante dans les milieux cultivés irakiens.
Notre économie (1961) est plus vaste et plus lourde : une critique détaillée du socialisme marxiste et du capitalisme à la fois, puis une tentative de tirer du droit musulman une doctrine économique. C'est le livre qui a fait de « l'économie islamique » un objet de recherche et non un slogan.
Les deux se lisent ensemble : le premier fonde, le second applique.
Les fondements logiques de l'induction
Son livre le plus profond et le moins lu. Il y construit une théorie de l'induction fondée sur le calcul des probabilités, cherchant à résoudre le problème posé par Hume : comment passer du particulier répété à l'universel ?
Il aboutit à ce qu'il nomme « la doctrine subjective de la connaissance » — non un exposé des opinions d'autrui, mais une contribution originale dans un domaine où personne, dans les séminaires, ne s'aventurait.
Qui lit ce seul livre comprend qu'il s'agit d'un philosophe de métier, non d'un juriste qui philosophe.
La banque sans intérêt
Il écrivit en 1969, à la demande du Koweït, La banque sans usure en islam : la conception pratique d'un établissement fonctionnant sans intérêt, par association et partage du risque.
Les premières expériences de banques islamiques, dans les années soixante-dix, s'y appuyèrent. C'est l'un des rares ouvrages de droit musulman à s'être changé en institutions réelles.
Le renouvellement des uṣūl
Il composa des Leçons sur la science des fondements en trois cercles progressifs, réorganisant l'enseignement de la discipline du débutant à l'avancé.
Ces « Ḥalaqāt » ont remplacé dans bien des séminaires les manuels anciens, parce qu'elles construisent la question depuis son commencement au lieu de présupposer un savoir acquis. On lui doit aussi Les avis clairs et Les nouveaux jalons des uṣūl.
Ses élèves
Une génération de juristes sortit de son enseignement : Maḥmūd al-Hāshimī al-Shāhrūdī, Kāẓim al-Ḥāʾirī, Muḥammad Bāqir al-Ḥakīm, ʿAbd al-Hādī al-Faḍlī.
Muḥammad Ḥusayn Faḍlallāh fut un compagnon de sa jeunesse à Najaf ; ils codirigèrent la revue al-Aḍwāʾ.
Son exécution
Arrêté à plusieurs reprises dans les années soixante-dix, il fut exécuté sur ordre des autorités irakiennes en avril 1980, à quarante-cinq ans, en même temps que sa sœur Āmina al-Ṣadr, connue sous le nom de Bint al-Hudā, qui était écrivain et romancière.
Son corps ne fut pas rendu à sa famille ; il fut enterré à Najaf en un lieu alors tenu secret.
Ce que conserve cette bibliothèque
Vingt-deux titres, couvrant presque toutes les faces de son travail : philosophie, économie, uṣūl, droit, logique.
C'est un ensemble qui permet de le lire comme il doit l'être — non l'auteur de deux livres, mais l'homme d'un projet continu.