Al-Balādhurī (mort v. 892), historien de Bagdad proche de la cour abbasside, est l’un des premiers grands historiens arabes. On lui doit « Futūḥ al-buldān » et « Ansāb al-ashrāf ».
Un Persan à Bagdad
Aḥmad b. Yaḥyā al-Balādhurī, d'ascendance persane, vit à Bagdad au IIIᵉ siècle de l'hégire. Familier du calife al-Mutawakkil puis d'al-Mustaʿīn, précepteur d'un prince, il traduit du persan en arabe et compose des vers. On ne sait presque rien de sa vie hors de la cour ; il meurt vers 279/892.
Deux livres, dont un ici
Son œuvre tient en deux sommes. Futūḥ al-buldān raconte les conquêtes province par province, et reste la source de référence sur l'expansion des premiers siècles. Ansāb al-ashrāf — les généalogies des nobles — est l'autre, et c'est celle que la bibliothèque conserve : quatorze volumes du Kitāb jumal min ansāb al-ashrāf.
Une histoire rangée par lignées
Là où al-Ṭabarī écrit des annales, année après année, al-Balādhurī range par ascendance : chaque section suit une famille, du Prophète aux Omeyyades, puis aux ʿAlides et aux ʿAbbāssides. La forme n'est pas un détail — elle fait apparaître les alliances et les rivalités de parenté là où la chronologie les disperse.
Ce qu'il transmet malgré lui
Il cite ses sources nommément, et beaucoup ont disparu : al-Madāʾinī, al-Wāqidī, Abū Mikhnaf. Des pans entiers de l'historiographie du IIᵉ siècle ne subsistent que dans ses pages. C'est le sort ordinaire des grands compilateurs — on les lit pour ce qu'ils ont sauvé autant que pour ce qu'ils ont écrit.
Le nom
La nisba « al-Balādhurī » viendrait du balādhur, l'anacarde, dont une préparation passait pour fortifier la mémoire. La tradition rapporte qu'il en but et que sa raison s'en trouva altérée à la fin de sa vie — anecdote invérifiable, mais qui dit la réputation d'un homme qui voulait tout retenir.
Un ouvrage inachevé
Les Ansāb n'ont jamais été terminés, et leur transmission manuscrite est partielle : les éditions modernes reconstituent l'ensemble à partir de témoins dispersés. Les volumes du fonds appartiennent à cette reconstitution, dont le tome treize porte le numéro de série.
Les deux bouts d'une chaîne
Ce rayon conserve aussi les trente volumes des Siyar aʿlām al-nubalāʾ d'al-Dhahabī, cinq siècles plus tard. Les deux ouvrages font le même geste — inventorier les hommes pour écrire l'histoire — et la distance entre eux donne à voir ce que la prosopographie arabe est devenue : de la lignée chez l'un, à la fiabilité du transmetteur chez l'autre.