Emmanuel Kant (1724–1804), philosophe allemand de Königsberg, qu'il ne quitta presque jamais. Dans la Critique de la raison pure (1781) il opéra ce qu'il nomma une révolution copernicienne : connaître n'est pas recevoir l'empreinte des choses, c'est l'esprit qui impose ses formes à ce qu'il reçoit. Suivirent la Critique de la raison pratique pour la morale et la Critique de la faculté de juger pour le beau. Sa formule du devoir — l'impératif catégorique — reste au centre de la philosophie morale.
Königsberg, 1724
Emmanuel Kant naît le 22 avril 1724 à Königsberg, en Prusse orientale, dans une famille d'artisans piétistes — son père était sellier. Il y mourra quatre-vingts ans plus tard. De toute sa vie il ne s'éloignera guère de cent cinquante kilomètres de sa ville natale, et n'aura jamais vu la mer ni la montagne dont il écrira les pages les plus connues sur le sublime.
Neuf ans précepteur
Son père meurt en 1746 et le laisse sans ressources. Kant interrompt ses études et passe neuf ans comme précepteur dans des familles de la campagne prussienne. Ce n'est qu'en 1755, à trente et un ans, qu'il peut revenir à l'université.
Quinze ans sans traitement
De 1755 à 1770 il enseigne comme Privatdozent : payé directement par les étudiants, sans poste ni salaire, et contraint de multiplier les cours — logique, métaphysique, mathématiques, physique, géographie physique, anthropologie. Il n'obtient la chaire de logique et de métaphysique qu'en 1770, à quarante-six ans.
La décennie silencieuse
Entre sa leçon inaugurale de 1770 et 1781, Kant ne publie presque rien. Onze années de travail sans rien montrer, au terme desquelles paraît un livre qui redéfinit la question philosophique elle-même.
La Critique de la raison pure
1781. La question n'est plus ce que sont les choses, mais ce que l'esprit doit déjà être pour que des choses lui apparaissent. Kant nomme cela une révolution copernicienne : l'espace, le temps et les catégories ne sont pas des propriétés du monde, ce sont les formes que le sujet impose à ce qu'il reçoit. D'où le prix à payer : nous ne connaissons jamais la chose en soi, seulement le phénomène. Au catalogue sous le titre نقد العقل المحض.
Les Prolégomènes
Le livre fut jugé illisible, y compris par ceux qui l'admiraient. Kant écrivit donc en 1783 les Prolégomènes à toute métaphysique future, qui reprennent la même matière à l'envers : au lieu de fonder, ils partent de ce qui existe — la mathématique, la physique — et demandent à quelles conditions c'est possible. On les lit encore comme la porte d'entrée. Trois cent soixante-seize pages ici, soit plus que la Critique elle-même.
L'impératif catégorique
Les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), puis la Critique de la raison pratique (1788), déplacent la morale hors des conséquences et hors du bonheur. Un acte ne vaut pas par ce qu'il produit mais par la maxime qui l'inspire, et le critère est formel : agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse valoir comme loi universelle. Les deux livres sont ici.
La troisième Critique
La Critique de la faculté de juger (1790) traite du beau et du vivant, c'est-à-dire de ce qui se présente comme organisé sans qu'on puisse dire par qui. Le jugement de goût y est décrit comme une satisfaction sans concept et sans intérêt, dont on exige pourtant l'accord d'autrui — paradoxe dont est sortie l'esthétique moderne. Quatre cent quatre-vingts pages : le plus gros volume du fonds sous son nom.
Qu'est-ce que les Lumières ?
Le petit texte de 1784 répond en une phrase : la sortie de l'homme hors de la minorité dont il est lui-même responsable. Et il donne la devise — sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement. Il est ici, non pas seul, mais dans le recueil ثلاثة نصوص avec le texte sur l'orientation dans la pensée et les réflexions sur l'éducation.
La religion, et l'ordre du roi
La Religion dans les limites de la simple raison paraît en 1793. Elle vaut à Kant, l'année suivante, un rescrit de Frédéric-Guillaume II lui interdisant d'écrire encore sur la religion. Kant obéit, en prenant soin de formuler son engagement comme valant envers Sa Majesté — donc, à ses yeux, seulement du vivant du roi. Celui-ci meurt en 1797 ; Kant reprend aussitôt le sujet. Le livre est au catalogue, 338 pages.
La paix perpétuelle
Le projet de 1795 propose, sous forme d'articles de traité, une fédération d'États libres, l'abolition des armées permanentes, et un droit de visite pour l'étranger qui aborde un pays sans être son ennemi. On y a vu depuis l'ancêtre des organisations internationales — lecture rétrospective, mais le texte pose bien que la paix n'est pas un état naturel qu'il suffirait de laisser être : c'est une institution à fonder. Cent vingt-neuf pages, le plus mince de ses livres ici.
Sa mort
Il meurt à Königsberg le 12 février 1804, après plusieurs années d'affaiblissement intellectuel qu'il avait observé sur lui-même et consigné. La régularité de ses promenades, dont on a fait une légende, avait cessé bien avant.
Ce que la bibliothèque conserve
Douze fichiers, et c'est l'un des ensembles les mieux tenus de ce fonds pour un philosophe occidental : les trois Critiques y sont toutes les trois, ce qui n'est pas si fréquent ici.
La première est ici dans la traduction de Mūsā Wahba pour Dār al-Tanwīr : 337 pages seulement, ce qui surprend et ne doit pas inquiéter — c'est une mise en page dense, et non un abrégé. Le volume va bien jusqu'au bout, l'Histoire de la raison pure comprise, et se ferme sur la dernière phrase de Kant et l'épigraphe de Perse. Les deux autres Critiques sont traduites par Ghānim Hannā pour l'Organisation arabe de la traduction.
Avec elles : les Prolégomènes, La Religion dans les limites de la simple raison (traduite par Fatḥī al-Maskīnī), le Projet de paix perpétuelle, et deux livres sur l'éducation qui ne font pas double emploi — le recueil de trois textes de Maḥmūd b. Jamāʿa, qui donne l'Über Pädagogik avec Qu'est-ce que les Lumières ? et Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée ? ; et un second volume qui traduit non pas Kant seul mais l'édition d'Edward Franklin Buchner, The Educational Theory of Immanuel Kant (1904), appareil de l'éditeur et extraits d'autres écrits compris.
Les Fondements de la métaphysique des mœurs s'y trouvent deux fois, et c'est le seul vrai doublon : une fois seuls, dans la traduction de ʿAbd al-Ghaffār Makkāwī, et une fois à la suite des Prolégomènes, dont le volume algérien de 1991 les donne en second texte.
Trois volumes entrés en septembre 2026 étendent le rayon aux deux bouts de l'œuvre. À un bout, la Dissertation de 1770, Sur la forme et les principes du monde sensible et du monde intelligible — cent une pages, traduites par Suʿād Ḥamdāsh pour Bayt al-Ḥikma : c'est l'écrit précritique par excellence, celui où Kant sépare pour la première fois le sensible de l'intelligible, onze ans avant la première Critique. À l'autre bout, Les progrès de la métaphysique en Allemagne depuis Leibniz et Wolff, écrit en 1793 et publié après sa mort. S'y ajoutent les Leçons sur la doctrine philosophique de la religion. Le rayon couvre donc de 1770 à 1804.
Restent absentes, et celles-là sont vérifiées : l'Anthropologie du point de vue pragmatique, et la Métaphysique des mœurs proprement dite — la doctrine du droit et la doctrine de la vertu.
Une chose encore, que le lecteur ne trouvera pas sous ce nom : le même rayon porte La philosophie critique de Kant, de Gilles Deleuze, cent trente-trois pages. On peut donc lire ici les trois Critiques et, à côté, le livre qui entreprend d’en exposer l’architecture.