Abū al-Yusr ʿAbd al-ʿAzīz b. al-Ṣiddīq al-Ghumārī (1920–1997), traditionniste marocain, frère cadet d'Aḥmad al-Ghumārī. Comme lui formé dans la tradition soufie de Tanger puis actif au Caire, il consacra son travail à la critique des chaînes de transmission, notamment pour établir la faiblesse de traditions invoquées dans les débats sur l'anthropomorphisme.
Le cadet
ʿAbd al-ʿAzīz b. Muḥammad b. al-Ṣiddīq al-Ghumārī al-Ḥasanī, de kunya Abū al-Yusr, naquit à Tanger en novembre 1920 et y mourut le 6 novembre 1997.
Il est le plus jeune des trois frères que ce fonds conserve, et de vingt ans le cadet d'Aḥmad. Comme eux, il fut d'abord formé dans la zaouïa Ṣiddīqiyya de son père — maison que les travaux universitaires étudient aujourd'hui comme une véritable école de hadith du XIVe siècle de l'hégire.
Un homme qui a écrit sa propre vie
Taʿrīf al-muʾtasī bi-aḥwāl nafsī — « faire connaître à qui veut suivre l'exemple l'état de mon âme » — est un livre de mémoires, où il rend compte de ses états intérieurs et de sa pratique du dhikr.
C'est une chose peu commune dans ce rayon. Les autres auteurs y sont connus par ce qu'on a écrit sur eux ; celui-ci se raconte lui-même. Le lecteur qui veut savoir ce qu'était la vie d'un savant soufi marocain au XXe siècle a ici la source directe.
Le hadith du jeune homme imberbe
Al-Qawl al-asadd fī bayān ḥāl ḥadīth « raʾaytu rabbī fī ṣūrat shābb amrad » examine un hadith célèbre et gênant, où le Prophète est censé rapporter avoir vu son Seigneur sous les traits d'un jeune homme imberbe.
Il y applique l'outil de la famille — l'examen des chaînes de transmission — pour établir l'état de ce rapport. La question n'est pas de détail : elle touche à ce qu'on peut dire de Dieu, et les traditions de ce genre sont l'un des points où l'ashʿarisme et ses adversaires se séparent.
La bibliothèque porte ce livre en deux exemplaires, et l'un des deux titres du catalogue annonce un appendice de Ḥasan b. ʿAlī al-Saqqāf sur le Trône et le marchepied. En réalité les deux fichiers le portent : même pagination, et le même texte au caractère près. Ce sont deux enregistrements d'un seul livre, non deux états différents.
Le hadith au service du soufisme
Al-Taʿaṭṭuf bi-takhrīj aḥādīth al-Taʿarruf recherche les hadiths du Taʿarruf li-madhhab ahl al-taṣawwuf d'al-Kalābādhī, l'un des livres fondateurs de la tradition soufie, écrit au IVe siècle de l'hégire.
C'est la signature de cette famille en un seul titre : prendre un classique du soufisme et lui appliquer la science la plus exigeante des traditionnistes, celle qui vérifie chaque chaîne. Non pour le démolir, mais pour l'établir.
Dans le même esprit, al-Tahānī fī al-taʿaqqubāt ʿalā mawḍūʿāt al-Ṣaghānī reprend le recueil de hadiths forgés d'al-Ṣaghānī et en discute les verdicts.
Deux questions sur les femmes
Deux de ses traités portent sur des points débattus. Shadd al-waṭʾa ʿalā man ajāza muṣāfaḥat al-marʾa se dresse contre ceux qui permettent de serrer la main d'une femme. Ḥusn al-uswa bi-mā warada fī imāmat al-marʾa bi-l-niswa rassemble ce qui est rapporté touchant une femme dirigeant la prière de femmes.
Son frère aîné Aḥmad a lui aussi un livre sur la direction de la prière par une femme, sous un titre bâti sur le même moule. On ne peut pas conclure des seuls titres qu'ils se répondaient : ils travaillaient dans le même genre et sur des questions voisines. Ce que chacun soutient est dans son livre, et les deux sont ici.
Tanger
Sirāj al-dulja fī faḍl Ṭanja — « la lampe de la marche nocturne, sur le mérite de Tanger » — est un éloge de sa ville.
Le genre est ancien : chaque grande cité de l'islam a eu ses livres de faḍāʾil. Qu'un muḥaddith du XXe siècle en écrive un pour Tanger dit assez ce que cette ville était pour cette famille — non pas une province, mais un centre.
Sa mort
Il mourut le 6 novembre 1997, à soixante-seize ans.
Ce que la bibliothèque conserve
Huit cartes sur sa page, pour huit ouvrages. Le fonds porte un neuvième fichier, masqué : al-Qawl al-asadd y figure deux fois, et les deux exemplaires sont identiques — l'un et l'autre contiennent l'appendice d'al-Saqqāf, quoi que disent les titres du catalogue.
Outre les titres cités, al-Anwār al-qudsiyya fī sharḥ al-Waṣiyya al-ṣiddīqiyya commente le testament de la famille — le texte que le père a laissé aux siens.
Avec les treize livres d'Aḥmad et les onze de ʿAbd Allāh, cela fait trente-trois fichiers d'une même maison de Tanger, tous au rayon du hadith. C'est, pour une seule famille, l'un des plus gros ensembles de ce fonds. Trois frères sur six : les livres de Muḥammad al-Zamzamī, de ʿAbd al-Ḥayy et d'al-Ḥasan n'y sont pas.