Friedrich Nietzsche (1844–1900), philosophe allemand, critique radical de la morale et de la métaphysique, figure majeure de la pensée moderne.
Röcken, 1844
Friedrich Nietzsche naît le 15 octobre 1844 à Röcken, en Saxe prussienne. Son père, pasteur luthérien, meurt en 1849 d'une affection cérébrale ; l'enfant a quatre ans. Il grandit à Naumburg entre sa mère, sa sœur, sa grand-mère et deux tantes, puis entre à Pforta, l'internat le plus exigeant d'Allemagne en matière de philologie.
Professeur à vingt-quatre ans
Il étudie à Bonn puis à Leipzig sous Friedrich Ritschl, et découvre Schopenhauer en 1865 chez un bouquiniste. En 1869, sur la seule recommandation de Ritschl et avant même d'avoir soutenu de thèse, l'université de Bâle lui confie une chaire de philologie classique. Il a vingt-quatre ans.
Wagner, et la rupture
L'amitié avec Richard Wagner, voisin à Tribschen, domine ses premières années suisses et inspire La Naissance de la tragédie (1872), entrée depuis peu dans ce fonds. Le livre scandalise les philologues et lui coûte sa réputation de savant. Le compagnonnage se défait à Bayreuth en 1876 ; il y reviendra deux fois, à la fin, dans Le Cas Wagner et Nietzsche contre Wagner — ce dernier au catalogue sous le titre نيتشه ضد فاغنر.
L'histoire, utile et nuisible
Le plus ancien texte de lui que porte ce fonds est la deuxième des Considérations inactuelles, De l'utilité et de l'inconvénient de l'histoire pour la vie (1874). Il y soutient qu'un excès de mémoire historique paralyse l'action, et qu'une part d'oubli est la condition de toute vie. Quatre-vingt-dix-huit pages, sous le titre محاسن التاريخ ومساوئه.
Le tournant de l'aphorisme
Humain, trop humain paraît en 1878, dédié à Voltaire, et rompt avec tout ce qui précède : plus de système, plus de métaphysique de l'art, mais des centaines de fragments numérotés qui démontent les sentiments élevés en les ramenant à leur histoire. C'est la forme qu'il gardera. Les deux tomes sont ici.
Dix ans sans domicile
Migraines, vomissements, vue qui décline jusqu'à la quasi-cécité : il quitte Bâle en 1879 avec une pension et passe dix ans à chercher un climat — Sils-Maria l'été, Gênes, Nice, Turin l'hiver. Il écrit en marchant, et dicte quand il ne peut plus lire. Presque toute son œuvre date de ces années-là.
Le Gai Savoir
Publié en 1882, le livre contient les deux formules qui le suivront partout : Dieu est mort, énoncée par un fou que personne n'écoute ; et l'éternel retour, proposé au paragraphe 341 non comme une cosmologie mais comme une épreuve — supporterais-tu de revivre ta vie identiquement, une infinité de fois ? Au catalogue sous le titre العلم الجذل.
Zarathoustra
Ainsi parlait Zarathoustra paraît en quatre parties de 1883 à 1885, la dernière tirée à quarante exemplaires qu'il distribue lui-même faute d'éditeur. Il l'écrit dans une langue de prophète, à contre-emploi de sa prose habituelle, et y met le surhomme, la volonté de puissance et l'éternel retour. Six cent douze pages : c'est le plus gros volume du fonds sous son nom.
Par-delà le bien et le mal, et la Généalogie
Les deux livres de 1886 et 1887 forment la part la plus argumentée de l'œuvre. La Généalogie de la morale, en trois dissertations, soutient que les valeurs ont une histoire et que cette histoire est celle d'un renversement : le faible, ne pouvant l'emporter, invente une morale qui fait de sa faiblesse un mérite. C'est la méthode que reprendront, chacun à sa façon, Freud et Foucault.
L'année de Turin
En 1888 il écrit cinq livres en quelques mois : Le Cas Wagner, Le Crépuscule des idoles, L'Antéchrist, Ecce homo, Nietzsche contre Wagner. Le fonds les porte maintenant tous les cinq, ce qui n'était pas le cas il y a peu. Le ton monte de livre en livre jusqu'à une exaltation que ses correspondants remarquent avant lui.
L'effondrement, et la sœur
Le 3 janvier 1889, à Turin, il s'effondre dans la rue ; on l'interne à Bâle, puis à Iéna, puis sa mère le reprend à Naumburg. Après la mort de celle-ci, sa sœur Elisabeth Förster-Nietzsche l'installe à Weimar et se fait l'exécutrice de son œuvre : elle contrôle les manuscrits, compose à partir des notes un livre qu'il n'a jamais écrit, La Volonté de puissance, et oriente l'ensemble vers le nationalisme et l'antisémitisme qu'il avait, lui, combattus. Il faudra les éditions Colli-Montinari, à partir de 1967, pour défaire ce travail.
Sa mort
Il meurt à Weimar le 25 août 1900, après onze ans d'incapacité pendant lesquels il n'a rien écrit et, selon toute vraisemblance, rien su de sa célébrité naissante.
Ce que la bibliothèque conserve
Dix-neuf fichiers, et le rayon a doublé : huit titres y sont entrés, et il couvre désormais toute l'œuvre publiée, de La Naissance de la tragédie (1872) à La Volonté de puissance (1901).
Sont ici, dans l'ordre de l'œuvre : La Naissance de la tragédie ; La Philosophie à l'époque tragique des Grecs ; les deuxième et troisième Considérations inactuelles — De l'utilité et de l'inconvénient de l'histoire, et Schopenhauer éducateur ; les deux tomes d'Humain, trop humain ; Aurore ; Le Gai Savoir ; Ainsi parlait Zarathoustra ; Par-delà le bien et le mal ; La Généalogie de la morale ; Le Crépuscule des idoles ; L'Antéchrist ; Ecce homo ; Le Cas Wagner suivi de Nietzsche contre Wagner ; et un recueil de ses poèmes.
Un titre y paraît deux fois : Nietzsche contre Wagner figure seul dans une édition, et joint au Cas Wagner dans une autre. Ce n'est pas un doublon à écarter, puisque Le Cas Wagner manquait.
La Volonté de puissance est là, et il faut la donner avec sa réserve : ce n'est pas un livre de lui au sens où les autres le sont. Sa sœur en a tiré la matière des carnets posthumes, pour un ouvrage qu'il avait projeté puis abandonné, en choisissant et en ordonnant elle-même les fragments. Les textes sont de lui ; l'agencement est d'elle, et la philologie du XXe siècle l'a démonté.
Seize des dix-huit portent leur traducteur, ce qui est rare dans ce fonds, et trois noms en portent l'essentiel. ʿAlī Miṣbāḥ, chez Manshūrāt al-Jamal, en a traduit six à lui seul — Zarathoustra, les deux Humain trop humain, Le Crépuscule des idoles, L'Antéchrist, Le Cas Wagner : c'est une entreprise suivie et non une collection d'occasions. Muḥammad al-Nājī en a deux chez Ifrīqiyā al-Sharq. Et Fatḥī al-Miskīnī signe la Généalogie — le même qui a traduit La Religion dans les limites de la simple raison, de Kant. Les deux livres sont rangés dans la même catégorie, la logique et la philosophie, qui réunit les trente et un volumes de Kant et de Nietzsche : un seul traducteur y tient les deux bouts de la philosophie allemande, et aucun titre ne le dit.
Ce qui manque encore, vérifié : la première Inactuelle sur Strauss, la quatrième sur Wagner à Bayreuth, et les Dithyrambes de Dionysos.
Enfin, un dix-neuvième fichier n'est pas en arabe : le Zarathoustra dans la traduction française d'Henri Albert, quatre cent quatre-vingt-huit pages, qui double donc le Zarathoustra arabe déjà présent.