Michel Foucault (1926–1984), philosophe et historien français, professeur au Collège de France. Il a fait l'histoire de ce qui passe pour évident : la folie dans l'Histoire de la folie à l'âge classique, la médecine dans Naissance de la clinique, les sciences humaines dans Les mots et les choses, la prison dans Surveiller et punir, la sexualité en trois volumes. Sa manière de lier le savoir au pouvoir est devenue un outil employé bien au-delà de la philosophie.
Poitiers, l'École normale
Michel Foucault naît à Poitiers en 1926, fils et petit-fils de chirurgiens. Il entre à l'École normale supérieure en 1946, où il suit Jean Hyppolite et Louis Althusser, et passe une licence de psychologie en plus de l'agrégation de philosophie. Ce double cursus explique tout ce qui suit : il abordera toujours les idées par les institutions qui les appliquent.
« Histoire de la folie »
Sa thèse de 1961, que la bibliothèque conserve, demande comment l'Occident a cessé d'entendre la folie pour l'enfermer. Le grand renfermement du XVIIᵉ siècle y devient l'événement décisif — non un progrès médical mais une décision sur ce qu'une société tolère. Naissance de la clinique, également au fonds, applique la même question au regard médical.
L'archéologie
Al-Kalimāt wa-l-ashyāʾ — Les Mots et les choses (1966) — et Ḥafriyyāt al-maʿrifa — L'Archéologie du savoir (1969) —, tous deux au catalogue, cherchent les règles qui décident, à une époque donnée, de ce qui peut être dit et tenu pour vrai. Il appelle cela l'épistémè, et son objet n'est ni l'auteur ni l'influence, mais le champ anonyme où les énoncés deviennent possibles.
Le Collège de France
Élu en 1970 à une chaire qu'il intitule « Histoire des systèmes de pensée », il prononce la leçon inaugurale que le fonds conserve sous le titre Niẓām al-khiṭāb. Ses cours annuels sont aujourd'hui publiés ; la bibliothèque en porte un, Yajib al-difāʿ ʿan al-mujtamaʿ, où il examine comment l'histoire fut pensée comme une guerre.
« Surveiller et punir »
Al-Murāqaba wa-l-muʿāqaba (1975), au catalogue, part du supplice pour arriver à la prison : la punition cesse de s'adresser au corps pour viser l'âme, et le panoptique devient le modèle d'une société qui surveille sans frapper. Le livre sort de son travail au Groupe d'information sur les prisons, qu'il avait fondé en 1971.
Le pouvoir et le savoir
Al-Maʿrifa wa-l-sulṭa et Jīniyālūjiyā al-maʿrifa, présents ici, rassemblent les textes où il refuse de tenir le pouvoir pour une chose qu'on possède : il le décrit comme une relation, partout à l'œuvre, qui produit des savoirs autant qu'elle s'en sert. C'est la thèse qui a le plus voyagé hors de la philosophie.
Les trois volumes de la sexualité
Tāʾrīkh al-jinsāniyya, dont le fonds conserve les trois tomes, occupe ses dix dernières années. Le premier renverse l'idée d'une répression victorienne — on n'a jamais tant parlé de sexe que depuis qu'on prétend s'en taire ; les deux suivants remontent à la Grèce et à Rome pour y chercher, non une morale, mais un travail de soi sur soi.
L'Iran, et ce que ce fonds en garde
En 1978 il se rend deux fois en Iran pour le Corriere della Sera et y écrit une douzaine d'articles sur le soulèvement en cours. Ces textes lui ont été reprochés de son vivant et le sont encore ; c'est son seul rapport direct à cette aire, et il vaut d'être lu plutôt que résumé. Le catalogue conserve par ailleurs sa discussion de 1971 avec Noam Chomsky sur la nature humaine — dont la notice est également ici.