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Ibn Rushd (Averroès)

Auteur

Ibn Rushd (Averroès)

ابن رشد

16 livres

À propos de l'auteur

Ibn Rushd (Averroès, 1126–1198), philosophe, médecin et grand cadi de Cordoue, fut le plus important commentateur d’Aristote en terre d’islam. Sa pensée — défense de la philosophie face aux théologiens, distinction des registres de la raison et de la Loi — exerça une influence majeure sur l’Occident latin (l’« averroïsme »).

Cordoue, trois générations de juristes

Abū al-Walīd Muḥammad b. Aḥmad b. Rushd naît à Cordoue en 1126. Son grand-père et son père furent l'un et l'autre grand cadi de la ville ; il le deviendra à son tour, après avoir exercé à Séville. Sa vie entière tient dans cette double charge : juge malikite le jour, commentateur d'Aristote le reste du temps.

La commande almohade

Vers 1169, le calife Abū Yaʿqūb Yūsuf, mécontent de l'obscurité d'Aristote, lui demande d'en donner des exposés clairs. De cette commande sortent les trois séries de commentaires — abrégés, moyens, grands — qui occuperont trente ans. La bibliothèque en conserve une part notable : la logique, les Catégories, De l'interprétation, la Réfutation sophistique, la Rhétorique, la Génération et la corruption, les Météorologiques, le traité de l'âme.

Ce qu'il fait d'Aristote

Il ne paraphrase pas : il restitue l'argument, signale les corruptions du texte arabe, discute les commentateurs grecs et les falāsifa antérieurs. Sa méthode suppose que la philosophie est une, poursuivie par des hommes séparés par les siècles et les langues — c'est ce qui fera de lui, en latin, « le Commentateur » tout court.

La réponse à al-Ghazālī

Tahāfut al-tahāfut, que le fonds conserve, répond phrase à phrase au Tahāfut al-falāsifa. Ibn Rushd y cite intégralement son adversaire avant de le réfuter — de sorte que le livre transmet aussi celui qu'il combat. La bibliothèque possède les deux moments de la controverse, ce qui est rare : l'attaque d'al-Ghazālī et la riposte, à quatre-vingts ans de distance.

Philosophie et Loi

Faṣl al-maqāl, également au catalogue, pose la question en juriste et non en philosophe : la Loi rend-elle l'étude de la philosophie licite, recommandée ou obligatoire ? Sa réponse distingue trois ordres de discours — démonstration pour les savants, dialectique pour les théologiens, rhétorique pour le grand nombre — et conclut que confondre ces registres est la source des désordres. Al-Kashf ʿan manāhij al-adilla en donne l'application aux dogmes.

Le juriste et le lecteur de Platon

Al-Ḍarūrī fī uṣūl al-fiqh est son abrégé du Mustaṣfā d'al-Ghazālī : il condense son adversaire pour l'enseigner. Al-Ḍarūrī fī l-siyāsa, au fonds lui aussi, commente la République de Platon — faute d'une Politique d'Aristote disponible en arabe, il traita le sujet par l'autre bout.

La disgrâce

En 1195, dans un contexte de tensions avec les docteurs de la Loi, il est écarté, assigné à résidence à Lucena et ses livres sont brûlés en public. Il est rétabli peu après et meurt à Marrakech en 1198. Son corps est ramené à Cordoue — Ibn ʿArabī, alors jeune, dit avoir vu le convoi, les œuvres du mort équilibrant le cercueil sur l'autre flanc de la bête.

Deux postérités, et ce fonds

Peu lu en terre d'islam après lui, il devient en latin le maître des universités et l'objet d'une querelle de deux siècles. Le catalogue porte la trace de son retour : deux études modernes, dont l'une sur sa théorie de la connaissance chez Thomas d'Aquin, et la lecture d'al-Jābirī qui fait de lui le porteur du burhān contre l'illuminisme oriental — cette notice-là est ici aussi.