Muhammad al-Ghazali (1917–1996), prédicateur et penseur réformiste égyptien, diplômé de la faculté d'Uṣūl al-Dīn d'al-Azhar (1941). Proche de Ḥasan al-Bannā à ses débuts, il fut une figure marquante des Frères musulmans avant de s'en éloigner après des désaccords avec la direction du mouvement dans les années 1950. Auteur prolifique de plusieurs dizaines d'ouvrages, il s'est fait connaître par sa critique du littéralisme et de la rigidité religieuse, prônant une lecture rationnelle du Coran et de la Sunna ainsi qu'une réforme de la pensée islamique sur des sujets comme la condition féminine et la gouvernance.
Sa naissance, et son nom
Muḥammad al-Ghazālī al-Saqqā naît en 1336/1917 au village de Nakla al-ʿInab, dans la province de Beheira en Égypte, d'une famille paysanne pieuse.
Son père le nomma d'après Abū Ḥāmid al-Ghazālī. Il porta ce nom toute sa vie, et il offrit à ses adversaires comme à ses admirateurs une comparaison facile — lui-même rappelait qu'un nom ne transmet pas un rang.
Il apprit le Coran par cœur avant dix ans à l'école du village, puis entra à l'institut religieux d'Alexandrie.
Al-Azhar et Ḥasan al-Bannā
Il sort diplômé de la faculté d'Uṣūl al-Dīn d'al-Azhar en 1941, puis obtient la ʿālamiyya en prédication.
Pendant ses études il rencontre Ḥasan al-Bannā, en reçoit une empreinte profonde, et devient l'une des jeunes voix en vue des Frères musulmans. Mais il rompt avec l'organisation au début des années cinquante, à la suite d'un différend avec sa direction.
Cette rupture n'est pas rapportée pour elle-même : elle explique sa position ensuite — un homme sans appareil, qui écrit et prêche en son seul nom, et que l'on attaque de bords opposés.
Le prédicateur
Al-Ghazālī fut orateur avant d'être auteur, et prêcha dans les grandes mosquées du Caire — ʿAmr b. al-ʿĀṣ, al-Ḥusayn et d'autres.
Qui l'a entendu puis lu reconnaît que ses livres sont écrits avec une oreille de prédicateur : phrases courtes, questions qui frappent, passage rapide du verset à la situation de celui qui écoute. C'est le secret de sa diffusion hors des spécialistes, et c'est aussi ce que certains spécialistes lui ont reproché.
Les années hors d'Égypte
Il enseigna près de vingt ans à l'étranger : en Arabie saoudite, comme professeur à l'université Umm al-Qurā de La Mecque, puis au Qatar.
De 1984 à 1989 il présida le conseil scientifique de l'université islamique Émir Abdelkader de Constantine, en Algérie, et y marqua toute une génération d'étudiants maghrébins.
Ces années expliquent l'étendue de son lectorat : ses livres s'impriment au Caire et se lisent de Rabat à Riyad.
La querelle de la Sunna
Il publie en 1989 La Sunna prophétique entre les gens du droit et les gens du hadith, qui souleva le plus vaste débat de sa vie.
Sa thèse : la validité de la chaîne de transmission ne suffit pas à elle seule pour agir selon un hadith ; le texte doit être confronté au Coran, aux finalités de la Loi et aux faits établis ; et les juristes sont mieux placés pour cette confrontation que les traditionnistes qui s'en tiennent aux chaînes.
On lui répondit par des dizaines de livres et d'opuscules, et on l'accusa de minorer la Sunna ; il répondit qu'il la défendait de ce qu'on lui accole. Le livre et ses réfutations sont tous dans cette bibliothèque : qui veut juger lira les deux camps.
Sa méthode
Un fil unique traverse sa pensée : combattre la sclérose et la rigueur excessive au nom des finalités de la Loi, et non au nom d'un allègement de celle-ci.
Il écrivit sur les femmes contre ce qu'il tenait pour des coutumes revêtues d'un habit religieux, sur le gouvernement, l'économie et la morale. Il répétait que beaucoup de ce qu'on attribue à l'islam n'en est pas — c'est le titre d'un de ses livres.
On remarque chez lui un soin particulier du Coran comme référence à laquelle tout le reste est soumis : Comment traiter avec le Coran, Regards sur le Coran, Les cinq axes du Coran.
Ses ouvrages
Plus de soixante livres, dont les plus connus sont les plus lus du grand public : Le caractère du musulman, Renouvelle ta vie, et Fiqh al-sīra, dont al-Albānī a vérifié les hadiths.
On y trouve aussi L'islam et les conditions économiques, L'islam et le despotisme politique, Cela n'est pas de l'islam, Les soucis d'un prédicateur, Cent questions sur l'islam, Maux et remèdes.
Son témoignage au procès de 1993
Il fut appelé en 1993 comme témoin au procès des assassins de l'intellectuel Faraj Fawda, et donna sur la question de l'apostasie un témoignage compris de deux façons opposées : les uns y virent une justification du meurtre, les autres l'exposé d'une règle juridique assortie du refus que des particuliers l'appliquent.
Ce témoignage occupe encore la discussion sur l'homme. Il est mentionné ici parce qu'il appartient à son dossier public, non pour être tranché : son texte est publié, et ses livres sont entre les mains du lecteur.
Sa mort
Il meurt le 9 mars 1996 à Riyad, alors qu'il participait à un colloque sur l'islam et les défis de l'époque — mort dans une assemblée savante comme il y avait vécu.
Son corps fut transporté à Médine et inhumé au cimetière d'al-Baqīʿ, comme il l'avait souhaité.