Eric Hobsbawm (1917–2012), historien britannique né à Alexandrie, élevé à Vienne et à Berlin, professeur à l'université de Londres. Auteur d'une tétralogie sur le monde moderne : L'ère des révolutions, L'ère du capital, L'ère des empires et L'âge des extrêmes, couvrant de 1789 à 1991. On lui doit aussi L'invention de la tradition, avec Terence Ranger, l'un de ses livres les plus influents dans les sciences sociales.
Alexandrie, 1917
Eric Hobsbawm naît à Alexandrie le 9 juin 1917, d'un père britannique et d'une mère viennoise. Le nom de famille était Obstbaum ; une erreur de transcription à l'état civil en a fait Hobsbawm, et il l'a gardée. Il aimait rappeler qu'il était né l'année de la révolution d'Octobre, dans un empire — le britannique — et une ville qui n'existaient plus tels quels à sa mort.
Orphelin à quatorze ans
L'enfance se passe à Vienne. Son père meurt en 1929, sa mère en 1931 : il a quatorze ans. Un oncle et une tante le recueillent et l'emmènent à Berlin, où il est lycéen pendant les deux dernières années de la République de Weimar. Quelques mois après l'arrivée de Hitler à la chancellerie, en 1933, la famille part pour Londres.
Cambridge, et la carte du Parti
Il entre à King's College, à Cambridge, en 1936. Communiste depuis ses années d'étudiant — il avait déjà milité au lycée à Berlin —, il gardera sa carte jusqu'à la dissolution du Parti communiste britannique en 1991, sans jamais la déchirer aux moments où beaucoup l'ont fait : ni en 1956, ni en 1968.
Birkbeck, et une carrière retardée
Il est nommé chargé de cours à Birkbeck College en 1947. Il n'y obtiendra une chaire qu'en 1970 — vingt-trois ans plus tard —, retard que ses biographes attribuent sans détour à son appartenance politique. Pendant la guerre, la même appartenance lui avait valu d'être maintenu en Grande-Bretagne au lieu d'être envoyé au front.
Francis Newton
De 1956 à 1966, Hobsbawm tient la chronique de jazz du New Statesman sous le pseudonyme de Francis Newton, emprunté à Frankie Newton, trompettiste et communiste. Dix ans de double vie hebdomadaire, dont est sorti The Jazz Scene — qui n'est pas dans ce fonds.
Le long XIXe siècle
Sa thèse tient dans un découpage : le XIXe siècle ne va pas de 1800 à 1900 mais de la Révolution française à 1914. Il l'écrit en trois volumes — L'Ère des révolutions, 1789-1848 ; L'Ère du capital, 1848-1875 ; L'Ère des empires, 1875-1914 — qui suivent ensemble la formation du monde industriel et bourgeois et son basculement dans la guerre.
Le court XXe siècle
L'Âge des extrêmes (1994) ferme la série en la retournant : si le XIXe est long, le XXe est court et va de 1914 à 1991, de Sarajevo à la dissolution de l'Union soviétique. C'est le plus gros volume de ce fonds sous son nom — mille cent vingt-quatre pages — et le seul où il écrive en témoin autant qu'en historien.
L'invention de la tradition
Le recueil qu'il dirige en 1983 avec Terence Ranger établit que des traditions données pour immémoriales sont souvent des fabrications récentes, et datables : le kilt écossais, le cérémonial monarchique britannique, une part des rites coloniaux. L'idée a fait fortune bien au-delà de l'histoire. Quatre cent vingt pages au catalogue.
Nations et nationalisme
Le livre de 1990 pousse la même démonstration sur la nation : elle n'est pas ce qui précède l'État moderne mais ce que celui-ci produit, à partir de 1780 et surtout après 1870. Il y soutient aussi que le nationalisme, contrairement aux apparences de son époque, était une force déclinante — pronostic que les trente années suivantes n'ont pas confirmé, et qu'il valait mieux citer que taire.
Se prendre pour objet
Interesting Times (2002) est son autobiographie, et le titre est ironique : la malédiction qu'il cite — puisses-tu vivre des temps intéressants — décrit exactement un siècle qu'il a traversé d'Alexandrie à Londres en passant par le Berlin de 1932. Au catalogue sous le titre عصر مثير.
Sa mort
Il meurt à Londres le 1er octobre 2012, à quatre-vingt-quinze ans. Un dernier recueil paraît l'année suivante, Fractured Times, que le fonds porte également.
Ce que la bibliothèque conserve
Neuf fichiers, et c'est l'un des ensembles les plus complets de tout le catalogue.
La tétralogie y est ENTIÈRE : L'Ère des révolutions (642 p.), L'Ère du capital (634 p.), L'Ère des empires (772 p.), L'Âge des extrêmes (1 124 p.). Trois mille cent soixante-douze pages, de 1789 à 1991, sans un trou. Peu d'œuvres de cette ampleur sont ici tenues d'un bout à l'autre.
S'y ajoutent L'invention de la tradition, Nations et nationalisme depuis 1780, l'autobiographie, le recueil posthume, et un volume court sur mondialisation, démocratie et terrorisme.
Ce que le fonds ne porte pas : Les Primitifs de la révolte, Les Bandits, The Jazz Scene, et les recueils d'articles sur le travail. Le lecteur a donc l'historien des grandes périodisations au complet, et rien de l'historien des révoltes paysannes et du banditisme social, qui est pourtant par où il avait commencé.