Fayṣal b. Qazzāz al-Jāsim, auteur koweïtien de tendance salafie. Son travail porte sur la critique de l'ashʿarisme, qu'il tient pour un écart par rapport à la doctrine des premières générations — position qui prolonge une controverse ouverte par Ibn Taymiyya et toujours vive dans le sunnisme contemporain.
Un livre dont la forme est celle d'un autre
Le rayon de Fayṣal b. Qazzāz al-Jāsim contient un volume de 824 pages, et son titre complet annonce sa nature : « Les Ashʿarites dans la balance des gens de la Sunna — critique du livre : Les Ashʿarites sont les gens de la Sunna, témoignage des savants de la communauté et leurs preuves ». C'est une réfutation, et son plan est celui de l'ouvrage qu'elle réfute.
Le livre visé
L'ouvrage attaqué avait paru au Koweït au milieu des années deux mille. Sa méthode était simple et redoutable : rassembler, siècle par siècle, les déclarations de savants sunnites reconnus affirmant que les Ashʿarites appartiennent aux gens de la Sunna. L'argument n'était donc pas doctrinal mais cumulatif — il s'agissait d'établir un consensus par le nombre et la qualité des témoins.
L'enjeu est une frontière, non un point de doctrine
On aurait tort de lire cette querelle comme une discussion sur les attributs divins ou sur la parole de Dieu, bien que ces questions y figurent. L'enjeu réel est un périmètre : qui a le droit de se dire des gens de la Sunna. Une telle question ne se tranche pas par un argument, parce qu'elle décide de qui est autorisé à argumenter. C'est ce qui explique l'âpreté du débat et sa longueur.
Qui sont les Ashʿarites
L'école remonte à Abū al-Ḥasan al-Ashʿarī, au Xe siècle, et a fourni pendant mille ans la théologie majoritaire de l'islam sunnite : al-Ghazālī, al-Rāzī, al-Taftāzānī en relèvent, et la plupart des mosquées et des madrasas l'ont enseignée. Soutenir qu'elle sort des gens de la Sunna est donc une thèse d'une portée considérable, et c'est précisément ce que le livre visé voulait rendre impossible.
Pourquoi cette question se pose là et alors
Le Koweït de ces années est l'un des lieux où la controverse entre courants salafī et ashʿarite s'est menée publiquement, par livres interposés, avec des maisons d'édition engagées de part et d'autre. Celle qui publie ce volume est une fondation caritative vouée aux sciences coraniques. Le détail situe le livre : il n'est pas un travail universitaire mais une pièce dans une discussion qui avait ses tribunes.
Réfuter une méthode du témoignage
La difficulté particulière que rencontre l'auteur découle de la forme adverse. Contre un recueil de témoignages, il ne suffit pas de produire des contre-témoignages : il faut discuter chaque citation — son authenticité, son contexte, ce que son auteur entendait précisément par les mots employés, et s'il parlait de l'école ou de certains de ses tenants. D'où huit cent vingt-quatre pages : une réponse exhaustive à un argument cumulatif coûte plus cher que l'argument.
Ce que gagne un lecteur qui n'est d'aucun camp
Une réfutation détaillée est, par construction, un abrégé de la thèse qu'elle combat : elle cite l'adversaire longuement pour pouvoir le discuter. Un lecteur extérieur y trouve donc les deux positions, l'une exposée, l'autre citée — à condition de se rappeler que le choix des citations appartient à l'un des deux. C'est un usage légitime et courant de la littérature polémique, et il faut dire qu'il n'est pas celui que l'auteur visait.
Ce que ce volume dit du fonds qui le tient
Cette bibliothèque contient al-Ghazālī, al-Rāzī, al-Zamakhsharī, Ibn Taymiyya, et les ouvrages de théologie qui leur répondent. Elle tient donc les deux côtés de cette controverse sous leur forme classique, et elle y ajoute ici sa reprise contemporaine. On peut lire la querelle du Xe siècle dans ses textes et son état du XXIe dans ce volume — ce qui n'est pas la même chose que de prendre parti.
Un genre qu'il faut savoir lire
La réfutation point par point est un genre savant ancien et vivant, avec ses conventions : on cite l'adversaire, on le découpe, on répond dans l'ordre. Sa qualité se mesure à deux choses — la fidélité des citations et la discussion des objections les plus fortes plutôt que des plus faibles. Ce sont les critères qu'un lecteur doit appliquer, quelle que soit sa position sur le fond.
Huit cent vingt-quatre pages muettes, et ici cela mord
Le volume est un scan sans couche de texte : un signe par page. Pour un livre de ce genre, la perte est précise. On ne lit pas une réfutation d'un bout à l'autre : on y cherche ce qui est répondu à telle citation, ou ce qui est dit de tel savant. Un livre bâti sur des centaines de noms et de citations, et qu'on ne peut interroger ni par nom ni par citation, ne peut plus servir de ce à quoi il est fait — vérifier un point. C'est le même défaut que pour les trois instruments du fonds déjà signalés, et il atteint ici un ouvrage qui n'est pas un instrument mais qui s'utilise comme tel.