Nasr Hamid Abu Zayd (1943–2010), universitaire et penseur égyptien, docteur en études islamiques de l'université du Caire, spécialiste de l'herméneutique coranique. Accusé d'apostasie en 1995 après la publication de « Critique du discours religieux », il fut déclaré apostat par la justice égyptienne — ce qui entraîna l'annulation judiciaire de son mariage — et dut s'exiler aux Pays-Bas, où il enseigna à l'université de Leyde puis occupa la chaire Ibn Rushd à Utrecht. Il a consacré son œuvre à une lecture historico-critique et humaniste du Coran, refusant l'idée d'un sens unique et intangible du texte.
Près de Ṭanṭā, 1943
Naṣr Ḥāmid Abū Zayd naît le 10 juillet 1943 dans un village de la région de Ṭanṭā, dans le Delta. Il fait ses études d'arabe à l'université du Caire et y restera enseigner : c'est un philologue de formation, et rien de ce qu'il écrira ne se comprend sans cela — il traite les textes comme des faits de langue avant de les traiter comme des objets de croyance.
Le doctorat sur Ibn ʿArabī
Sa thèse, soutenue en 1981 au département d'arabe, s'intitule Falsafat al-taʾwīl : étude de l'interprétation du Coran chez Muḥyī al-Dīn Ibn ʿArabī. Il y montre comment le plus spéculatif des soufis lit le texte — et, ce faisant, il pose sa propre question : de quoi une interprétation est-elle faite, et qu'est-ce qui la rend recevable ? Quatre cent douze pages, le plus gros volume de ce rayon.
Le texte comme fait de langue
Mafhūm al-naṣṣ (1990) est son livre central, et il n'est pas dans ce fonds. Il y soutient que le Coran, en tant qu'énoncé en langue arabe adressé à des destinataires historiques, peut être étudié avec les instruments de la science des textes — ce qui ne préjuge pas de son origine, mais ouvre son étude à autre chose que la tradition exégétique.
Critique du discours religieux
Naqd al-khiṭāb al-dīnī paraît en 1992. La cible n'est pas la religion mais un discours : celui qui, en identifiant sa lecture à la volonté divine, se met hors d'atteinte de toute discussion. Le livre distingue le texte de ce qu'on en fait dire, et c'est cette distinction qui lui sera reprochée.
Al-Shāfiʿī, et la centralisation de l'interprétation
La même année paraît al-Imām al-Shāfiʿī wa-taʾsīs al-aydiyūlūjiyya al-wasaṭiyya. Abū Zayd y lit les uṣūl d'al-Shāfiʿī comme une opération historique : en fixant les sources et leur hiérarchie, le fondateur de l'école a ramené l'interprétation sous une autorité unique et écarté les lectures concurrentes. Cent seize pages, et le livre le plus court du rayon.
1992-1996 : la promotion, puis le procès
En 1992 il demande sa promotion au professorat. Le rapport de la commission rejette la candidature en invoquant le contenu de ses travaux. Une action en ḥisba est alors portée contre lui, non pour le condamner pénalement mais pour faire constater son apostasie et en tirer une conséquence de droit privé. En juin 1995, la cour d'appel du Caire le déclare apostat et prononce la dissolution de son mariage avec Ibtihāl Yūnis, au motif qu'une musulmane ne peut être l'épouse d'un non-musulman. La Cour de cassation confirme en 1996.
L'exil
Il quitte l'Égypte en juillet 1995 avec sa femme. Il enseignera aux Pays-Bas, à Leyde puis à Utrecht, où une chaire consacrée à l'humanisme et à l'islam lui est confiée. Il n'est jamais revenu s'installer en Égypte.
Penser au temps de l'excommunication
Al-Tafkīr fī zaman al-takfīr — « penser à l'époque de l'accusation d'impiété », sous-titré « contre l'ignorance, la falsification et la superstition » — paraît en 1995, l'année du jugement. Le titre date le livre mieux qu'une préface. Trois cent quatre-vingt-seize pages.
Le retour à Ibn ʿArabī
Hākadhā takallama Ibn ʿArabī (2002) revient, vingt ans après la thèse, à l'auteur par lequel il avait commencé. Le fonds porte donc les deux bouts de ce trajet, l'étude de jeunesse et la reprise de la maturité.
Sa mort
Il meurt au Caire le 5 juillet 2010, cinq jours avant son soixante-septième anniversaire, des suites d'une infection contractée quelques semaines plus tôt.
Ce que la bibliothèque conserve
Cinq cartes sur cette page ; le catalogue en porte six, et la sixième est un doublon que l'affichage replie à juste titre — mais il mérite qu'on s'y arrête.
Sont ici : Falsafat al-taʾwīl (412 p.), Hākadhā takallama Ibn ʿArabī (244 p.), al-Tafkīr fī zaman al-takfīr (396 p.), Naqd al-khiṭāb al-dīnī (232 p.) et al-Imām al-Shāfiʿī (116 p.).
Ce dernier est là DEUX FOIS. La seconde copie est rangée non pas dans son dossier d'auteur, mais dans celui d'Ibn Khallikān, parmi les volumes des Wafayāt al-aʿyān, sous le nom de fichier « 0.pdf ». Les deux ont le même nombre de pages et, vérification faite, exactement le même texte — 206 346 caractères — issu du même passage de reconnaissance optique, à trente-quatre secondes d'écart. C'est un doublon, et il échappe à la fois au dédoublonnage par empreinte et au dédoublonnage par taille : les deux fichiers diffèrent de quarante-quatre octets, qui sont leur date de modification.
Ce que le fonds ne porte pas : Mafhūm al-naṣṣ, qui est son livre le plus important, ni al-Ittijāh al-ʿaqlī fī al-tafsīr, ni Dawāʾir al-khawf. Vérifié titre par titre. Le lecteur a donc l'homme d'Ibn ʿArabī et l'homme de la polémique de 1992-1995, et non le théoricien du texte coranique par où tout a commencé.