Muḥammad Jawād Mughniyya (1904–1979), juriste et exégète libanais du Jabal ʿĀmil. Formé à Najaf, il fut juge puis président du tribunal chiite de Beyrouth. Son écriture, délibérément dépouillée, vise le lecteur ordinaire plutôt que le séminariste : ses deux commentaires coraniques — al-Kāshif, en sept volumes, et al-Tafsīr al-mubīn, plus bref — s'en tiennent au sens manifeste et évitent l'accumulation d'autorités. Son Fiqh ʿalā al-madhāhib al-khamsa expose côte à côte les cinq écoles juridiques de l'islam, méthode comparative alors peu pratiquée. La bibliothèque conserve trois de ses livres, dont deux de philosophie.
Ṭayr Dibbā, et une enfance pauvre
Muḥammad Jawād Mughniyya naît en 1904 à Ṭayr Dibbā, au Jabal ʿĀmil, dans le sud du Liban. Son père était homme de religion et mourut alors qu'il était jeune ; la famille vécut dans la gêne. Il a raconté ces années sans les embellir, et cette franchise sur sa propre condition est restée une marque de sa prose : il écrit comme quelqu'un qui n'a rien à ménager.
Najaf
Il part étudier à Najaf dans les années vingt et y reste une dizaine d'années, suivant le cursus des séminaires — grammaire, logique, principes du droit, fiqh. Najaf était alors un lieu où l'on discutait aussi des idées du siècle, et il en revint avec une formation traditionnelle et une curiosité pour ce que les séminaires ignoraient. Il rentre au Liban dans la seconde moitié des années trente.
Le juge
Nommé juge dans les tribunaux jaʿfarites du Liban en 1948, il y fait carrière et finit par présider la cour d'appel jaʿfarite. Ce détail explique sa manière : un juge doit trancher des cas réels, avec les faits qu'il a et dans les délais qu'on lui laisse. Ses livres de droit sont écrits pour être utilisables, non pour être admirés.
« al-Fiqh ʿalā al-madhāhib al-khamsa »
Son ouvrage le plus connu expose le droit selon cinq écoles — les quatre sunnites et la jaʿfarite — question par question, en indiquant où elles concordent et où elles diffèrent. Le dispositif fait l'argument : présenter l'école imamite comme la cinquième colonne d'un tableau, et non comme une exception à commenter. Le livre a beaucoup circulé des deux côtés, et il n'est pas au fonds.
Le rapprochement, comme méthode et non comme slogan
Mughniyya appartient au courant du taqrīb, qui cherchait à réduire la distance entre écoles sunnites et chiites. Sa contribution n'est pas de l'avoir prêché mais de l'avoir pratiqué techniquement : en traitant les divergences comme des questions de droit qu'on expose et qu'on discute, il retirait à la polémique une grande partie de sa matière.
Discuter le siècle
Il a écrit sur le marxisme, sur l'existentialisme, sur les idées qui occupaient les jeunes gens de son pays dans les années cinquante et soixante. Il ne les traitait pas comme des ennemis à réfuter en bloc mais comme des positions qu'il fallait d'abord comprendre. « معالم الفلسفة الإسلامية », 271 pages au fonds, relève de cette veine, avec ses chapitres sur le soufisme et sur les prodiges attribués aux saints.
« Falsafat al-tawḥīd wa-l-nubuwwa »
« فلسفة التوحيد والنبوة », 120 pages, expose l'unicité divine et la prophétie en argumentant plutôt qu'en citant. C'est un livre court, destiné à un lecteur qui n'a pas fait de séminaire, et il montre bien ce que Mughniyya savait faire : ramener une question de théologie spéculative à une suite de propositions qu'on peut suivre sans appareil.
« al-Tafsīr al-mubīn »
Le fonds tient son commentaire concis du Coran, « التفسير المبين », en 830 pages — la version ramassée d'un travail qu'il a mené aussi sous une forme plus ample. Le parti y est constant : éclaircir le sens apparent, indiquer la portée pratique, et s'abstenir des développements qui ne servent pas le lecteur. C'est du tafsīr de juge.
La fin
Il meurt à Beyrouth en décembre 1979, laissant une œuvre nombreuse — droit comparé, exégèse, théologie, polémique, souvenirs de Najaf. Sa réputation tient moins à une thèse particulière qu'à une posture : celle d'un homme de séminaire qui écrivait en langue ordinaire et refusait de rendre obscur ce qui pouvait être clair.
Ce que le rayon donne — et le volume qui résiste
Trois volumes : les deux livres de philosophie et de théologie, et le commentaire. Les deux premiers portent une couche de texte et se cherchent au mot — 2 321 et 2 089 signes par page. Le troisième, « التفسير المبين », qui est pourtant l'ouvrage de consultation par excellence, est un scan sans texte : 830 pages, un signe par page. On peut fouiller ce qu'il a écrit pour être lu d'un trait, et pas ce qu'il a écrit pour être ouvert à un verset précis.