ʿAllāl al-Fāsī (1910–1974), savant, lettré et homme politique marocain de Fès, formé à la Qarawiyyīn. Il fonda le parti de l'Istiqlal en 1944 et fut exilé au Gabon puis au Caire. On lui doit Les finalités de la Loi islamique et ses vertus, l'un des premiers ouvrages qui rendirent vie à la science des maqāṣid au XXᵉ siècle, l'Autocritique où il revient sur le parcours du mouvement national, et Les mouvements indépendantistes au Maghreb. Il était aussi poète et laissa un diwan.
Fès, 1910
ʿAllāl b. ʿAbd al-Wahhāb al-Fāsī al-Fihrī naquit à Fès le 10 janvier 1910.
La nisba dit la maison : les al-Fāsī al-Fihrī sont une vieille famille de savants de Fès, et il est né dans un milieu où l'on enseignait depuis des générations.
Il entra à la Qarawiyyin et en sortit diplômé en 1932, à vingt-deux ans.
Neuf ans au Gabon
Sa vie d'adulte commence par des départs forcés. En 1933 il quitte le Maroc pour l'Espagne, la France et la Suisse.
Puis, en décembre 1937, il est déporté au Gabon. Il y restera neuf ans, jusqu'en 1946.
C'est là qu'il écrivit une part de ses poèmes. Un homme de vingt-sept ans part ; un homme de trente-six revient.
Les charges
Le parti de l'Istiqlal est fondé le 11 janvier 1944. Il en est désigné président alors qu'il est encore en déportation.
Après l'indépendance, il occupa des fonctions officielles : ministre d'État chargé des Affaires islamiques en 1960-1961, président de l'assemblée constituante, ministre des Habous et des Affaires islamiques à la création de ce département en 1963, député de 1963 à 1965. Il présida son parti de 1960 à 1967.
Ces faits sont donnés ici comme des dates, et cette fiche n'en juge pas. Ce que la bibliothèque conserve de lui, ce sont ses livres, et ils portent surtout sur autre chose.
Le juriste, et les finalités de la Loi
Son livre le plus important pour un lecteur d'aujourd'hui est Maqāṣid al-sharīʿa al-islāmiyya wa-makārimuhā : les finalités de la Loi et ses nobles fins.
La question des maqāṣid est ancienne — l'idée que les règles du droit musulman poursuivent des objectifs intelligibles, et qu'on peut raisonner à partir de ces objectifs plutôt que de la seule lettre. Elle avait reçu sa formulation classique au XIVe siècle chez al-Shāṭibī, dans les Muwāfaqāt.
Au XXe siècle, elle est redevenue centrale, parce qu'elle offre une voie entre l'imitation littérale et l'abandon. Le livre d'al-Fāsī est l'une des deux grandes contributions marocaine et tunisienne à ce renouveau.
Difāʿ ʿan al-sharīʿa, « défense de la Loi », relève du même effort.
Trois livres sur la même question, et personne pour le dire
Cette bibliothèque porte trois ouvrages sur les maqāṣid, par trois auteurs de trois pays et de trois générations :
Muḥammad al-Ṭāhir Ibn ʿĀshūr, le Tunisien, Maqāṣid al-sharīʿa al-islāmiyya, 450 pages — l'ouvrage fondateur du renouveau ;
ʿAllāl al-Fāsī, le Marocain, Maqāṣid al-sharīʿa al-islāmiyya wa-makārimuhā, 289 pages ;
Ṭāhā Jābir al-ʿAlwānī, l'Irakien, Maqāṣid al-sharīʿa, 190 pages.
Ils sont rangés sous trois noms et dans deux rayons différents — deux au rayon de la pensée, celui-ci au rayon du Maroc. Rien dans le catalogue ne les rapproche, et un lecteur qui en ouvre un ne saura pas que les deux autres sont là.
Et les Muwāfaqāt d'al-Shāṭibī, la source médiévale que les trois continuent, ne sont pas ici — vérifié sur l'ensemble du catalogue. On a les héritiers sans l'ancêtre.
Le poète
Il composa des poèmes, notamment pendant les années du Gabon.
Son dīwān n'est pas dans ce fonds. C'est une part de lui que le lecteur ne trouvera pas ici.
Sa mort
Il mourut le 13 mai 1974 à Bucarest, loin de Fès, à soixante-quatre ans.
Ce que la bibliothèque conserve
Cinq fichiers, au rayon du Maroc.
Deux relèvent du droit et de la pensée religieuse : Maqāṣid al-sharīʿa al-islāmiyya wa-makārimuhā (289 p.) et Difāʿ ʿan al-sharīʿa (394 p.).
Trois relèvent de l'histoire : al-Ḥarakāt al-istiqlāliyya fī al-Maghrib al-ʿarabī (508 p.), paru en 1947 ; al-Naqd al-dhātī (444 p.), paru en 1951 ; et al-Ḥimāya fī Marrākush min al-wijha al-tārīkhiyya wa-l-qānūniyya (44 p.), un texte bref sur le protectorat.
Une réserve qui vaut pour les cinq : aucun n'a de couche de texte. Ce sont des images de pages. On peut les lire, on ne peut y chercher aucun mot.
Le fichier de al-Ḥarakāt al-istiqlāliyya pèse à lui seul deux cent vingt-huit mégaoctets pour cinq cent huit pages — c'est de très loin le plus lourd de ce fonds, et il vaut mieux le savoir avant de l'ouvrir sur une connexion lente.
Son dīwān n'est pas ici.