Ibn al-Jawzī (1126–1201), prédicateur, historien et juriste hanbalite de Bagdad, auteur très prolifique (al-Muntaẓam, Talbīs Iblīs), célèbre pour son éloquence et sa rigueur.
Bagdad, 510 de l'hégire
ʿAbd al-Raḥmān b. ʿAlī, connu comme Ibn al-Jawzī, naît à Bagdad vers 510 (1116) et y meurt en 597 (1201). Orphelin de père très jeune, il est élevé par sa mère et une tante, et suit la formation ḥanbalite de la ville. Il vivra quatre-vingts ans dans la même cité, sous une dizaine de califes, et ne la quittera que contraint, à la fin.
Le prédicateur
Sa notoriété de son vivant ne vient pas de ses livres mais de sa chaire. Ses assemblées attiraient des foules considérables, et les sources rapportent des chiffres qu'il faut tenir pour des ordres de grandeur plutôt que des comptes. Il prêchait avec l'appui du califat, ce qui fait de lui pendant des décennies la voix publique de Bagdad — et explique aussi sa chute.
Une productivité qui pose problème
On lui attribue plusieurs centaines de titres, et la question de savoir combien il a réellement écrits est ancienne. Il travaillait par compilation, réemployait ses propres pages d'un livre à l'autre, et dictait. Cette manière donne une œuvre inégale où voisinent des ouvrages de premier ordre et des recueils hâtifs, et il faut le savoir avant d'ouvrir un volume signé de son nom.
« al-Muntaẓam »
Son histoire universelle est organisée année par année, chaque année se fermant sur les notices de ceux qui sont morts pendant elle. Ce dispositif fait d'un livre d'histoire un dictionnaire biographique en même temps, et c'est à ce titre qu'on le consulte encore : pour des centaines de personnages, Ibn al-Jawzī est la source la plus ancienne dont on dispose.
« al-Mawḍūʿāt »
Il a dressé un catalogue critique des hadiths qu'il jugeait forgés, y compris des traditions en circulation dans des recueils respectés et dans les sermons de son propre milieu. C'est une entreprise de police interne : un prédicateur qui désarme les prédicateurs. Ses successeurs l'ont trouvé trop sévère et ont réhabilité une partie de ce qu'il écartait — le débat est encore vivant, ce qui est la preuve que le livre compte.
« Talbīs Iblīs »
L'ouvrage passe pour une polémique contre les soufis ; c'est en réalité une revue générale des façons qu'ont les groupes de se tromper eux-mêmes, et les juristes, les théologiens, les ascètes et les prédicateurs y ont chacun leur chapitre. Le principe est constant : chaque métier a la forme d'illusion qui lui est propre, et celle du savant est de prendre son savoir pour une vertu.
« al-Radd ʿalā al-mutaʿaṣṣib al-ʿanīd »
Le volume au fonds, 97 pages, est une réfutation adressée à un ḥanbalite qui interdisait de blâmer Yazīd b. Muʿāwiya. Ibn al-Jawzī, ḥanbalite lui-même, soutient qu'on peut le blâmer et le maudire, et qu'en interdire le blâme au nom de la déférence due aux anciens revient à couvrir ce qui s'est passé à Karbalāʾ. Le texte est court, argumenté, et il vise explicitement le parti pris de son propre camp.
Ce que ce petit livre montre
Un lecteur qui n'aurait de lui que ce volume en tirerait pourtant l'essentiel de sa méthode : prendre une position répandue dans son école, montrer qu'elle ne tient pas sur les textes qu'elle invoque, et le dire sans ménagement pour les vivants. Dans cette bibliothèque, il répond au récit de Karbalāʾ écrit par Khālid Muḥammad Khālid, sept siècles plus tard et sur un autre ton.
Wāsiṭ, et la fin
À plus de quatre-vingts ans, pris dans un conflit où se mêlent doctrine et faveurs de cour, il est destitué de ses chaires et envoyé en résidence surveillée à Wāsiṭ, où il reste environ cinq ans. Il est rappelé peu avant sa mort, en 597. Son « Ṣayd al-khāṭir », carnet de réflexions écrit au fil des années, est le seul de ses livres où l'on entende sa propre voix sans chaire devant lui.
Une confusion à écarter, et ce que le rayon donne
Il faut le distinguer d'Ibn Qayyim al-Jawziyya, mort en 751, dont le nom se ressemble et que les catalogues confondent régulièrement : un siècle et demi les sépare, et leurs positions ne se recouvrent pas. Le fonds ne tient qu'un volume d'Ibn al-Jawzī, et aucun de ses grands livres. Ce volume, en revanche, porte une couche de texte dense — 2 294 signes par page, 3 063 lignes d'arabe — et se cherche au mot, ce qui n'est pas le cas de la plupart des textes médiévaux de cette bibliothèque.