Abū al-Faḍl ʿAbd Allāh b. al-Ṣiddīq al-Ghumārī (1910–1993), traditionniste marocain de Tanger, frère d'Aḥmad al-Ghumārī. Il enseigna à al-Azhar et vécut de longues années en Égypte avant de rentrer au Maroc. Moins âpre que son frère dans la polémique et plus tourné vers l'enseignement, il laisse une centaine de titres, dont un recueil sur les hadiths anomaux rejetés et un traité sur le sens de l'innovation blâmable.
Né et mort à Tanger
ʿAbd Allāh b. Muḥammad b. al-Ṣiddīq al-Ghumārī al-Ḥasanī (1328–1413 h. / 1910–1993). Il naquit à Tanger les derniers jours de joumada 1328, et c'est à Tanger qu'il mourut, quatre-vingt-deux ans plus tard.
Entre les deux, il vécut de longues années en Égypte. Mais à la différence de son frère aîné Aḥmad, mort à Nice sans avoir revu le Maroc, lui rentra.
La zaouïa, Fès, puis Le Caire
Il reçut son premier enseignement à la zaouïa Ṣiddīqiyya, la maison de son père.
En 1343 h. (1924) il partit pour Fès achever ses études et s'inscrivit à la Qarawiyyīn, où il étudia la grammaire, le droit et le calcul successoral.
Puis Le Caire et al-Azhar, dont il obtint le diplôme en 1931. Il y enseigna à son tour : parmi ses élèves, ʿAlī Jumʿa, qui deviendra mufti d'Égypte.
La question du « délaissement »
C'est là son argument central, et il traverse plusieurs de ses livres. Ḥusn al-tafahhum wa-l-dark li-masʾalat al-tark pose une question de méthode : le fait que le Prophète n'ait pas accompli un acte suffit-il à le rendre illicite ?
Sa réponse est non — l'omission n'est pas une interdiction, et ce qui n'a pas été fait n'est pas pour autant défendu. L'affaire paraît technique ; elle ne l'est pas. C'est sur elle que se sépare une grande part de ce qui oppose son courant au courant salafi, car beaucoup de pratiques contestées le sont au nom de ce raisonnement-là.
Le lecteur trouvera l'argument développé dans le livre, et pourra le mesurer à celui d'en face.
Défendre les pratiques
Plusieurs de ses traités défendent des usages que d'autres tenaient pour des innovations.
Al-Iʿlām bi-anna al-taṣawwuf min sharīʿat al-islām soutient que le soufisme relève de la Loi elle-même et non d'un ajout. Al-Nafḥa al-ilāhiyya porte sur la prière sur le Prophète, Ḥusn al-bayān sur la nuit de la mi-shaʿbān, Iʿlām al-nabīl bi-jawāz al-taqbīl sur la licéité du baiser, Kamāl al-īmān fī al-tadāwī bi-l-Qurʾān sur la guérison par le Coran.
Chacun de ces titres répond à une contestation précise. On peut lire la série comme la carte des points disputés dans l'islam marocain et égyptien du XXe siècle.
Deux livres sur un même mot
Le fonds porte côte à côte al-Nafḥa al-dhakiyya fī anna al-hajr bidʿa shirkiyya et al-Qawl al-masmūʿ fī bayān al-hajr al-mashrūʿ.
Le premier déclare le hajr — la rupture délibérée avec quelqu'un — une innovation entachée d'associationnisme ; le second expose le hajr légitime. Ce n'est pas une contradiction mais une distinction : il refuse l'usage qu'il juge dévoyé et délimite celui qu'il tient pour fondé.
Les deux se lisent ensemble, et c'est ainsi qu'ils se trouvent ici.
Le ton
Ses titres ne ressemblent pas à ceux de son frère aîné. Là où Aḥmad annonce l'éreintement et la mise à mort, ʿAbd Allāh annonce l'exposé, le bon entendement, la clarification : Ḥusn al-tafahhum, Ḥusn al-bayān, al-Qawl al-masmūʿ, al-Iʿlām.
On peut le vérifier sur le rayon sans rien connaître des deux hommes : les onze titres de l'un et les treize de l'autre ne sont pas dans le même registre.
Il n'en fut pas moins un polémiste ; il écrivit notamment contre al-Albānī, le traditionniste qui incarnait alors le courant adverse. Mais ces livres-là ne sont pas dans ce fonds.
Sa mort
Il mourut à Tanger en 1413 h. (1993), dans la ville où il était né.
Ce que la bibliothèque conserve
Onze fichiers, tous au rayon du hadith.
Un recueil de consultations, al-Ḥāwī fī al-fatāwā, et un recueil de quarante hadiths portant le nom de la famille, al-Arbaʿūn ḥadīthan al-ṣiddīqiyya.
Un travail de takhrīj, al-Ibtihāj bi-takhrīj aḥādīth al-Minhāj, où il recherche les hadiths du Minhāj de Nawawī.
Et les sept traités de position évoqués plus haut. C'est un ensemble cohérent : on y voit un homme argumenter, pièce par pièce, pour une manière de pratiquer l'islam qu'il voyait mise en cause.