Muḥammad al-Khiḍr Ḥusayn (1876–1958), savant et lettré né en Tunisie, formé à la Zaytūna puis établi en Égypte. Premier recteur non égyptien d'al-Azhar, dont il prit la charge en 1952. Il fonda à Tunis la revue al-Saʿāda al-ʿuẓmā, l'une des premières revues arabes islamiques. On lui doit une réfutation du livre de Ṭāhā Ḥusayn sur la poésie préislamique, un traité sur la validité de la Loi en tout temps et en tout lieu, et un recueil de vers.
Nefta, la Zaytūna
Muḥammad al-Khiḍr Ḥusayn naît en 1876 à Nefta, dans le sud tunisien, d'une famille d'origine algérienne. Il entre à la Zaytūna de Tunis, y accomplit tout son cursus et y enseigne — la même institution, à la même époque, que Muḥammad al-Ṭāhir b. ʿĀshūr, dont la notice est à ce registre. Les deux hommes se retrouveront, vingt ans plus tard, du même côté d'une querelle égyptienne.
Le journaliste
En 1904 il fonde à Tunis al-Saʿāda al-ʿuẓmā, la première revue en langue arabe du pays. Il y défend la réforme de l'enseignement et une lecture des textes accordée au siècle — engagement qui lui vaudra la surveillance des autorités du protectorat et, finalement, le départ.
L'exil
Il quitte la Tunisie en 1912, séjourne à Istanbul, en Syrie où il enseigne à Damas, puis s'établit en Égypte. Il y enseignera et écrira quarante ans, jusqu'à devenir en 1952 le premier shaykh d'al-Azhar d'origine tunisienne — charge qu'il exercera deux ans.
Les deux procès
La bibliothèque conserve ses deux réfutations, écrites à un an d'intervalle. Naqḍ kitāb al-islām wa-uṣūl al-ḥukm répond à ʿAlī ʿAbd al-Rāziq en 1925 ; Naqḍ kitāb fī l-shiʿr al-jāhilī répond à Ṭāhā Ḥusayn en 1926. Le même homme aux deux plus grandes controverses intellectuelles de l'Égypte de l'entre-deux-guerres, coup sur coup.
Ce que les deux ont en commun
On lit souvent ces deux affaires séparément — l'une politique, l'autre littéraire. Ses deux livres montrent qu'il y voyait une seule question : la méthode. Dans les deux cas, son reproche porte moins sur la conclusion que sur la manière d'établir un fait — un texte écarté sans preuve suffisante d'un côté, une institution niée sans examen des sources de l'autre. C'est ce que le rapprochement de ces deux volumes, sur la même étagère, rend visible.
Le lettré
Son œuvre ne se réduit pas à la polémique. Al-Khayāl fī l-shiʿr al-ʿarabī, al-Qiyās fī l-lugha al-ʿarabiyya et Ḥayāt Ibn Khaldūn — tous au catalogue — sont d'un homme de langue et d'histoire. Le dernier le met en vis-à-vis de Ṭāhā Ḥusayn, qui avait fait d'Ibn Khaldūn sa thèse de la Sorbonne : les deux adversaires ont écrit sur le même auteur.
Le réformateur
Al-Daʿwa ilā al-iṣlāḥ, al-Sharīʿa al-islāmiyya ṣāliḥa li-kull zamān wa-makān, al-ʿIlmāniyya wa-ḍalālat faṣl al-dīn ʿan al-siyāsa et al-Ilḥād : asbābuh wa-ṭabāʾiʿuh — tous ici — portent son versant doctrinal. Le titre sur la laïcité prolonge directement sa réponse à ʿAbd al-Rāziq, trente ans plus tard.
Fin
Il meurt au Caire en 1958. Ses onze titres conservés ici font de ce fonds l'un des rares à porter, côte à côte, ses livres de controverse ET ceux qu'il visait — ce qui permet de lire les procès dans les deux sens.