Abū al-Aʿlā al-Mawdūdī (1903–1979), penseur, journaliste et théologien né à Aurangabad (Inde) et mort à Buffalo (États-Unis). Fondateur en 1941 de la Jamāʿat-e-Islāmī, il fut le rédacteur en chef de la revue Tarjumān al-Qurʾān (qu'il dirige à partir de 1932) et l'auteur d'une œuvre considérable, dont le célèbre commentaire coranique Tafhīm al-Qurʾān. Figure majeure du réveil islamique du XXᵉ siècle, son influence a profondément marqué la pensée islamiste contemporaine et l'identité de l'État pakistanais.
Aurangabad, 1903
Abū al-Aʿlā al-Mawdūdī naît en 1903 à Aurangabad, dans l'État princier de Hyderabad. Son père, homme de loi, l'instruit d'abord à la maison et le tient à l'écart de l'enseignement colonial. La maladie paternelle interrompt tôt les études régulières : l'essentiel de sa formation sera autodidacte, y compris l'anglais, qu'il apprend seul et qui lui donnera accès aux auteurs européens qu'il discutera toute sa vie.
Le journaliste avant le théoricien
Il entre très jeune dans la presse et dirige un journal avant vingt ans, puis l'organe de l'association des oulémas de l'Inde. C'est un point à retenir pour lire ses livres : il a d'abord appris à écrire pour être compris d'un lecteur pressé, à poser une thèse en tête d'article et à la soutenir en quelques pages. Ses ouvrages gardent cette forme, y compris les plus ambitieux.
« Tarjumān al-Qurʾān »
En 1932 il prend la revue « ترجمان القرآن », qu'il dirigera jusqu'à la fin de sa vie et qui sera le véhicule de presque tout ce qu'il a pensé. Une grande part de son œuvre est d'abord parue là, par livraisons, avant d'être reprise en volumes. Cela explique la répétition des thèmes d'un titre à l'autre : ce sont souvent des états successifs d'un même argument.
La Jamāʿat-i Islāmī, 1941
Il fonde à Lahore, en 1941, la Jamāʿat-i Islāmī — une organisation conçue comme une avant-garde formée plutôt que comme un parti de masse, avec une sélection des membres et une discipline interne. La forme importe autant que la doctrine : il s'agissait de produire des hommes capables de gouverner selon ce qu'il exposait, et non seulement de convaincre.
Contre l'État national, avant et après 1947
Il s'est opposé à la revendication d'un Pakistan telle que la Ligue musulmane la portait, au motif qu'un État fondé sur la nationalité ne serait pas pour autant un État islamique. Après la partition il s'installe néanmoins au Pakistan et devient une des voix centrales de la campagne pour une constitution islamique. L'écart entre ces deux moments est une des choses qu'on lui a le plus reprochées, et il l'a défendu comme une distinction et non comme un revirement.
Ḥākimiyya
Son idée maîtresse est celle de la souveraineté — al-ḥākimiyya : le pouvoir de légiférer appartient à Dieu, et toute autorité humaine n'est qu'une délégation. Il en tire que l'islam n'est pas une religion au sens où l'entend le vocabulaire moderne mais un ordre complet, un niẓām, qui a sa politique, son économie et son droit. Cette thèse a circulé bien au-delà de lui ; elle est passée en arabe et a pesé, notamment, sur Sayyid Quṭb.
1953
Pendant les troubles du Pendjab, un tribunal militaire le condamne à mort en 1953 pour un écrit sur la question ahmadie. La sentence est commuée après une forte pression publique, et il est libéré en 1955. Il connaîtra d'autres détentions. Le fait vaut d'être su pour lire ce qu'il écrit ensuite : la question de l'État n'est pas chez lui un exercice spéculatif.
« Tafhīm al-Qurʾān »
Son grand œuvre est un commentaire du Coran en ourdou, entrepris en 1942 et achevé trente ans plus tard. Il y applique sa lecture d'ensemble : le texte est traité comme le programme d'une communauté à construire, et chaque sourate est introduite par une situation historique qui en commande le sens. L'ouvrage n'est pas au fonds — ce qui laisse le rayon entièrement composé de ses écrits brefs.
La fin
Il reçoit en 1979 le premier prix international du roi Fayṣal. Il meurt la même année à Buffalo, dans l'État de New York, où il s'était rendu pour être soigné, et il est enterré à Lahore. La Jamāʿat-i Islāmī lui survit et essaime ; ses livres, traduits en arabe et en anglais, ont atteint des lecteurs qui ignoraient tout du sous-continent.
Ce que le rayon donne : quatre brochures, et un traducteur sans nom
Les quatre volumes du fonds sont des textes courts — 285, 80, 63 et 32 pages — et tous des traductions de l'ourdou. « مبادئ الإسلام » est son exposé d'initiation, le plus traduit de ses écrits ; « نظرية الإسلام السياسية » énonce la thèse de la souveraineté sous sa forme la plus ramassée. Trois des quatre nomment leur éditeur — دار القلم à Koweït, دار الفكر, منبر التوحيد والجهاد —, aucun ne nomme son traducteur, alors que le rayon entier est fait de traductions. Tous quatre, en revanche, portent une couche de texte et se cherchent au mot : c'est le rayon le mieux océrisé de ceux qu'on vient de traiter.