Albert Camus (1913-1960), écrivain et journaliste français né en Algérie dans une famille de colons pauvres. Auteur de L'Étranger et du Mythe de Sisyphe (1942), de La Peste (1947) et de L'Homme révolté (1951), prix Nobel de littérature en 1957. Il meurt à quarante-six ans dans un accident de voiture, le manuscrit du Premier Homme dans sa sacoche.
Mondovi, Belcourt
Albert Camus naît le 7 novembre 1913 à Mondovi, en Algérie, dans une famille de colons pauvres. Son père est tué à la Marne l'année suivante ; il grandit à Belcourt, quartier populaire d'Alger, entre une mère d'origine espagnole presque sourde et illettrée et une grand-mère autoritaire. Cette enfance sans livres et sans mots traverse toute son œuvre, jusqu'au Premier Homme où il tente enfin de la raconter.
Louis Germain, et la maladie
Son instituteur Louis Germain le remarque et obtient qu'il présente le concours des bourses — sans quoi il serait entré en apprentissage à quatorze ans. Camus lui adressera sa première lettre après le Nobel. À dix-sept ans, la tuberculose lui ferme le football, qu'il pratiquait comme gardien de but, puis l'agrégation, à laquelle sa santé lui interdit de se présenter.
Le journaliste
À Alger républicain, ses reportages de 1939 sur la misère en Kabylie décrivent la famine et le travail des enfants avec une précision qui lui vaut d'être interdit de plume et de quitter l'Algérie. Il dirigera ensuite Combat dans la clandestinité, puis au grand jour à la Libération — l'éditorial quotidien étant, pour lui, un exercice aussi sérieux que le roman.
Le cycle de l'absurde
1942 : L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe paraissent la même année, le roman et l'essai qui l'explique. La bibliothèque conserve les deux, avec Caligula, la pièce qui complète le triptyque. La question y est unique : si la vie n'a pas de sens donné, que vaut-elle ? Sa réponse refuse également le suicide et l'espérance consolante.
Le cycle de la révolte
La Peste (1947), L'État de siège et L'Homme révolté (1951) — tous trois au fonds — forment le second versant : ce qu'on fait ensemble contre un fléau, et où s'arrête une révolte légitime. Le dernier lui vaut sa rupture publique avec Sartre, Les Temps modernes l'ayant éreinté et Camus ayant répondu au directeur plutôt qu'au critique.
Contre la peine de mort
Réflexions sur la guillotine, que le catalogue conserve sous le titre al-Miqṣala, part d'un souvenir de son père — rentré malade d'avoir assisté à une exécution — pour démonter l'argument de l'exemplarité. C'est son texte le plus directement politique, et celui dont l'effet fut le plus tangible.
Les Carnets
Le fonds porte les trois volumes de ses Carnets sous leurs titres arabes — Luʿbat al-awrāq wa-l-nūr, Dhahab azraq, ʿUshb al-ayyām —, traduits par la romancière libanaise Najwā Barakāt et parus en 2013. Un écrivain arabe traduisant les cahiers de travail d'un autre : ce ne sont pas des livres achevés mais l'atelier, et c'est ce qui les rend précieux.
Le Nobel et le silence
Prix Nobel en 1957, à quarante-quatre ans. Le fonds conserve son Discours de Suède. Sur la guerre d'Algérie il choisit un silence public qu'on lui a beaucoup reproché, après avoir répondu à un étudiant algérien, à Stockholm, qu'il croyait à la justice mais défendrait sa mère avant elle — phrase qu'on lui cite encore, souvent tronquée.
Villeblevin
Il meurt le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans la Facel Vega conduite par son éditeur Michel Gallimard, qui succombe cinq jours plus tard ; la femme et la fille de celui-ci sortent indemnes. Un billet de train inutilisé est dans sa poche — il devait rentrer par le rail. Le manuscrit inachevé du Premier Homme est dans sa sacoche ; sa fille le publiera trente-quatre ans plus tard, et la bibliothèque le conserve.