Simone de Beauvoir (1908-1986), philosophe et romancière française. Reçue deuxième à l'agrégation de philosophie en 1929, derrière Sartre, elle publie L'Invitée (1943), Le Deuxième Sexe (1949), qui fonde la pensée féministe moderne, et Les Mandarins, prix Goncourt 1954. Ses quatre volumes de mémoires font d'elle son propre sujet. Morte le 14 avril 1986, elle est enterrée avec Sartre au cimetière du Montparnasse.
Paris, 1908
Simone de Beauvoir naît à Paris le 9 janvier 1908, dans une famille catholique et bourgeoise que la guerre de 1914 ruine. La chute sociale lui vaut ce qu'une dot lui aurait retiré : il faudra qu'elle travaille, donc qu'elle étudie. Elle perd la foi vers quatorze ans, sans drame et sans retour, et décide à peu près au même moment qu'elle écrira.
Zaza
Élisabeth Lacoin, dite Zaza, rencontrée au cours Désir, meurt en 1929 à vingt et un ans d'une encéphalite, au terme d'un conflit entre sa famille et l'homme qu'elle voulait épouser. Beauvoir y revient toute sa vie. Zaza clôt les Mémoires d'une jeune fille rangée ; et un roman entier lui est consacré, écrit en 1954, jugé trop intime pour paraître, publié en 2020 — soit soixante-six ans après sa rédaction et trente-quatre après la mort de son auteur. Le fonds le porte sous le titre فتاتان لا تفترقان.
L'agrégation de 1929
Reçue deuxième derrière Sartre, à vingt et un ans : la plus jeune agrégée de philosophie jamais reçue, et la huitième femme. La même année commence le pacte avec Sartre — une relation qu'ils déclarent nécessaire et à laquelle ils réservent le droit d'amours contingentes, et qui durera cinquante et un ans.
Professeur, puis romancière
Elle enseigne à Marseille, à Rouen, puis à Paris, et est suspendue de l'enseignement le 17 juin 1943 — non pour un motif politique, comme la date le laisse croire, mais à la suite d'une plainte déposée en décembre 1941 par la mère d'une de ses élèves, Nathalie Sorokine, pour excitation de mineure à la débauche. Réintégrée par décret en juillet 1945, elle ne reprendra jamais de classe. La même année paraît L'Invitée, son premier roman publié, où un trio amoureux sert à poser la question qui la tient : la conscience d'autrui comme limite de la mienne. Au catalogue sous le titre المدعوة.
Le Deuxième Sexe
Paru en 1949 en deux volumes, le livre part d'une question qu'elle croyait secondaire — qu'est-ce que cela a changé, pour moi, d'être une femme ? — et occupe mille pages à y répondre. On ne naît pas femme, on le devient : la formule dit que le féminin est une construction historique et non une nature, et c'est sur elle que se bâtit l'essentiel de la pensée féministe du siècle. L'accueil fut d'une violence rare, et le Vatican mit le livre à l'Index en 1956. Les deux volumes sont ici.
Les Mandarins
Prix Goncourt 1954. Le roman prend les intellectuels français de l'après-guerre au moment où la Résistance cesse de les unir, et où il faut choisir entre des camps qui ne se ressemblent plus. Deux volumes au catalogue, sous le titre المثقفون.
Se prendre pour sujet
Quatre volumes de mémoires : Mémoires d'une jeune fille rangée (1958), La Force de l'âge (1960), La Force des choses (1963), Tout compte fait (1972). L'entreprise n'est pas de se raconter mais de vérifier sur un cas — le sien — ce que le Deuxième Sexe avançait en général : comment une vie de femme est faite, et de quoi. La Force des choses — les deux volumes sont ici — se clôt sur les quatre mots qu'on lui a le plus reprochés : j'ai été flouée.
Djamila Boupacha
En 1960, Beauvoir publie dans Le Monde un article sur Djamila Boupacha, militante algérienne de vingt-deux ans torturée et violée en détention par des soldats français. Avec l'avocate Gisèle Halimi elle en fait un livre en 1962, qui est une pièce de procédure autant qu'un récit. Cent pages, au catalogue sous le titre جميلة بوباشا, rangées non pas en littérature mais en science politique.
Les récits d'après
Les Belles Images (1966) et La Femme rompue (1967) prennent pour objet des femmes que leur milieu protège de tout sauf de l'aveuglement. Malentendu à Moscou, écrit dans les mêmes années, n'a paru qu'après sa mort. Les trois sont ici.
La Cérémonie des adieux
Publié en 1981, un an après la mort de Sartre, le livre relate ses dix dernières années : la cécité, la dépendance, les entretiens enregistrés. Elle l'ouvre en lui disant que c'est le premier de ses livres — le seul, sans doute — qu'il n'aura pas lu avant l'impression. Au catalogue sous le titre مراسم الوداع, 645 pages, le plus gros volume qu'elle ait ici.
Sa mort
Elle meurt à l'hôpital Cochin le 14 avril 1986, à soixante-dix-huit ans, d'un œdème pulmonaire survenu après une opération de l'appendice — du même mal que Sartre six ans plus tôt : six ans, à un jour près, après Sartre. Elle est enterrée dans la même tombe que lui, au cimetière du Montparnasse.
Ce que la bibliothèque conserve
Quatorze fichiers, et une lacune qu'il vaut la peine de nommer.
Sont ici, complets : Le Deuxième Sexe en ses deux volumes, Les Mandarins en deux volumes, La Force des choses en deux volumes. Et L'Invitée, Les Belles Images, La Femme rompue, Malentendu à Moscou, Les Inséparables, les Mémoires d'une jeune fille rangée, La Cérémonie des adieux, Djamila Boupacha.
Des quatre volumes de mémoires il en manque un, et c'est le deuxième : La Force de l'âge, qui couvre précisément 1929-1944 — le pacte, l'enseignement, l'Occupation. Le lecteur passe donc directement de la jeune fille rangée, qui s'arrête en 1929, à La Force des choses, qui commence à la Libération. Quinze ans sautés, dont la guerre.
Absents aussi : Tout compte fait, Une mort très douce, La Vieillesse, Le Sang des autres et Pour une morale de l'ambiguïté. Vérifié sur l'ensemble du catalogue, aucun n'y figure sous aucun titre.